
L’IEIM vous présente l’étudiant Albert Lamontagne, un profil atypique loin des conventions
Il occupe le rôle de coordonnateur à l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaires (OCCAH), 7 avril 2026
Rien ne semble relever d’une trajectoire scolaire conventionnelle ni d’un goût abstrait pour l’accumulation de diplômes. L’entrée d’Albert à l’université ne procède pas d’un itinéraire balisé, mais d’un besoin intérieur précis : celui de donner une assise théorique à une pratique déjà dense, déjà habitée par le souci de l’action, de l’efficacité et de l’utilité sociale. Avant même de fréquenter l’UQAM, Albert venait du milieu professionnel. Il avait travaillé dans le communautaire, puis dans l’humanitaire, notamment chez Oxfam. Il avait appris sur le terrain, dans l’urgence des besoins réels, au contact des enjeux concrets, avec cette intelligence pragmatique qui se construit moins dans les manuels que dans l’expérience. S’il décide un jour de retourner vers l’université, ce n’est donc pas pour commencer à penser, mais pour penser autrement : avec plus de recul, plus de méthode, plus de profondeur.
C’est d’ailleurs ce qui rend son parcours si singulier : Albert n’entre pas à l’université par le premier cycle, mais directement par la maîtrise. Il mentionne avoir suivi auparavant quelques cours de sociologie, par intérêt personnel, sans chercher à obtenir un diplôme. Ce détail en dit long sur lui. Il révèle une curiosité antérieure à toute reconnaissance institutionnelle, un goût de comprendre qui n’a pas attendu la validation d’un programme. Quand il arrive à l’UQAM, il ne vient pas y chercher une simple qualification. Il y cherche une forme d’exigence intellectuelle capable de répondre à son niveau de maturité et à ses questionnements du moment. Ce qu’il apprécie dans la maîtrise, c’est précisément la possibilité d’entrer rapidement dans des réflexions complexes, d’aller au-delà de la théorie exposée pour la discuter, la croiser, la mettre à l’épreuve. Il laisse entendre qu’un baccalauréat lui aurait peut-être paru trop lent, trop peu en prise avec l’urgence de ses interrogations. Chez lui, le savoir n’a de sens que s’il est vivant, critique, mis en tension avec le réel. L’université, telle qu’il la conçoit, n’est pas un lieu d’accumulation passive, mais un espace où la pensée doit se risquer, se nuancer, se confronter.
Cette exigence se reflète directement dans le sujet qu’il choisit pour son mémoire. Inscrit en technologie de l’information, Albert travaille sur une question à l’intersection de deux univers qui résument bien sa personnalité : l’intelligence artificielle générative et l’action humanitaire. Plus précisément, il s’intéresse à la manière dont les grands modèles de langage peuvent contribuer à la production de rapports qualitatifs dans le secteur humanitaire. Le sujet n’est pas seulement original ; il est profondément révélateur. Il montre à quel point Albert refuse de cloisonner ses intérêts. D’un côté, il y a chez lui un attrait manifeste pour l’informatique, pour les bases de données, pour le code, pour la logique des systèmes. De l’autre, il y a une fidélité tout aussi forte aux causes humaines, au développement, aux organisations qui cherchent à répondre aux crises. Son travail de recherche devient alors le lieu où ces deux dimensions cessent de s’opposer pour se renforcer mutuellement. Ce qui pourrait apparaître comme un croisement improbable devient, chez lui, une évidence intime : la technologie n’a de valeur que si elle sert mieux les personnes, et l’action humanitaire gagne en puissance lorsqu’elle sait mobiliser intelligemment les outils contemporains.
Mais Albert ne parle jamais de la technologie avec naïveté. Il n’est ni fasciné aveuglément par l’innovation ni tenté par un technosolutionnisme. Ce qui l’intéresse, ce sont les usages concrets, accessibles, réalistes. Il sait que toutes les équipes humanitaires n’ont pas à leur disposition des informaticiens ou des spécialistes. Il cherche donc des techniques simples à mettre en place, des solutions qui puissent réellement être adoptées par des milieux où les ressources sont limitées.
Cette attention aux conditions pratiques d’implantation en dit beaucoup sur son rapport au savoir : Albert ne travaille pas pour produire une recherche désincarnée, mais pour identifier des méthodes transférables, utiles, ajustées au terrain. En même temps, il garde une vigilance éthique très forte. Il s’interroge sur les risques, les biais, les dérives possibles de l’IA générative, et il cherche à comprendre comment atténuer ces enjeux plutôt que les contourner.
Cette façon d’aborder la recherche témoigne d’une méthode intellectuelle à la fois souple et rigoureuse.
“Lorsque j’ai commencé à travailler sur son sujet, il existait très peu de littérature scientifique croisant directement l’IA générative et l’humanitaire”.
Plutôt que de se laisser freiner par ce manque, il a construit son corpus par déplacements, en allant chercher des ressources là où elles se trouvaient. Il s’est tourné vers d’autres domaines, comme la santé, où l’adoption des grands modèles de langage a produit plus tôt des travaux substantiels. Il a puisé du côté de l’informatique pour identifier les techniques, et du côté des débats généraux sur l’éthique de l’intelligence artificielle pour cerner les enjeux applicables à son propre objet. Cette capacité à bâtir des passerelles entre des champs distincts traduit un esprit profondément interdisciplinaire. Albert ne semble pas craindre les zones encore inexplorées ; au contraire, elles l’attirent. Là où d’autres verraient un manque de balises, il perçoit un espace à structurer, à éclairer, à rendre pensable. Son travail intellectuel est à l’image de son parcours : il se déploie à partir de l’existant, mais sans s’y enfermer.
Ce portrait serait toutefois incomplet si l’on n’évoquait pas les trois grands axes par lesquels Albert lui-même choisit de se définir. La première relève des mathématiques, de l’informatique et, plus largement, de la logique. Ce qui l’attire dans cet univers, c’est la possibilité d’analyser ce qui est vrai, d’examiner les conditions de validité d’un raisonnement, de déconstruire avec précision. Il y trouve un plaisir intellectuel particulier : celui d’un monde où certaines choses tiennent, où le code fonctionne ou ne fonctionne pas, où l’on peut vérifier, tester, établir. Ce goût pour la logique ne signifie pas qu’il cherche à réduire le réel à des certitudes simplistes. Il montre plutôt son besoin d’outils solides pour penser juste. Le deuxième axe, en apparence opposé, touche à la philosophie, à la politique, à l’histoire, à tout ce qui permet de comprendre les sociétés, les idées, les contradictions humaines. Là, il n’y a plus de réponse absolument bonne ou mauvaise, mais une exigence de rationalisation, de questionnement, d’interprétation. Albert semble aimer cet espace plus ouvert où l’on ne calcule pas seulement, mais où l’on interroge le sens. Entre la rigueur de la logique et l’ouverture réflexive des sciences humaines, il ne choisit pas : il habite les deux.
Le troisième axe, peut-être le plus central, est celui de l’éthique. Chez Albert, l’éthique n’est pas un supplément discursif ni une posture intellectuelle décorative ; elle constitue une ligne de conduite. Il dit essayer de faire les choses « le plus éthiquement possible », et cette volonté traverse aussi bien son mode de vie que sa manière de penser le monde. Il évoque l’alimentation végane, les déplacements à vélo, l’éducation de ses enfants dans une attention aux savoirs autochtones, au féminisme et à l’histoire raciale. Il reconnaît lui-même que cette exigence peut être lourde, presque épuisante, mais il ne la présente pas comme une performance morale. Elle apparaît plutôt comme une fidélité intérieure, une manière de rester accordé à ce qu’il juge important. Albert semble habité par une sensibilité aux grandes crises de son temps. Il dit que l’on a trop souvent tendance à se concentrer sur de petites urgences, alors que d’immenses bouleversements traversent la planète. C’est vers ces questions de grande ampleur qu’il veut diriger son énergie : l’humanitaire, le développement mondial, l’environnement, tout ce qui concerne un nombre immense de vies, même lorsque ces vies demeurent invisibles. Dans une époque souvent partagée entre fascination technologique et découragement politique, il représente une autre voie : celle d’un engagement lucide, méthodique, exigeant, où la recherche devient une manière de prendre soin du monde.
Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaires (OCCAH)







