Trois ans de guerre en Ukraine

Aujourd’hui marque tristement le troisième anniversaire de la guerre en Ukraine. Les récentes négociations entre les États-Unis et la Russie et les impacts de la guerre sur l’Ukraine sont catastrophiques, avec des pertes civiles, militaires et territoriales massives, ainsi qu’une crise humanitaire et un exode sans précédents. L’ONU estime ainsi qu’entre 46 000 et 70 000 soldats ukrainiens auraient été tués; environ 380 000 auraient été blessés; plus de 14 millions d’Ukrainiens (près de 40 % de la population) ont besoin d’une aide d’urgence; 6,3 millions de personnes ont fui vers les pays voisins; 3,7 millions sont déplacés à l’intérieur du pays; et la Russie contrôle plus de 20% du territoire ukrainien.

En excluant l’Ukraine et l’Europe de la table des discussions, Washington fragilise l’OTAN et humilie Kiev. Cette approche soulève de nombreuses questions sur l’équilibre des forces en présence et sur les conséquences géopolitiques à long terme. Face à cette réalité, il est essentiel de déconstruire les discours, d’analyser les faits et de mesurer l’impact de ces décisions sur l’avenir de l’Ukraine, de l’Europe et du système international. En cherchant à obtenir une trêve à court terme, les États-Unis légitimisent de facto l’invasion illégale de la Russie. Si leur objectif était de précipiter un conflit généralisé en Europe, ils ne s’y prendraient pas autrement.

Ces négociations s’inscrivent dans une stratégie de communication où la désinformation occupe une place centrale. La Maison-Blanche n’hésite plus à réécrire l’histoire : le président américain a récemment affirmé, sans scrupule, que c’était l’Ukraine qui avait déclenché la guerre et a qualifié le président ukrainien, pourtant démocratiquement élu, de dictateur. Sur les réseaux sociaux, devenus une vaste chambre d’écho de la propagande, la manipulation des faits s’intensifie. Ces plateformes, désormais soumises aux intérêts de Washington, relaient une réécriture de l’histoire qui fait dangereusement écho aux narratifs russes.

C’est dans ce contexte alarmant que nous avons présenté, le 20 février dernier, un important évènement organisé par la Chaire Raoul-Dandurand en collaboration avec l’IEIM et le Réseau d’analyse stratégique (RAS). Cette conférence* nous a permis d’entendre plusieurs perspectives sur la stratégie délibérée de Trump d’inonder le terrain avec des informations contradictoires : est-ce pour ramener Poutine à la table des négociations ? Forcer le président Zelensky à accepter l’inacceptable tout en giflant l’Europe ? Déconstruire l’héritage de Biden et « faire mieux » que ses prédécesseurs ? Obtenir un retour sur investissement en accédant aux ressources disponibles sur les territoires contrôlés par la Russie ?

Quelles que soient les explications, les enjeux sécuritaires et militaires sont considérables. Un cessez-le-feu pourrait vulnérabiliser l’Ukraine, mener à une vassalisation du pays, et forcer l’Europe à intervenir. Un cessez-le-feu ne suffit plus à arrêter le conflit, car il pourrait ne pas être respecté. Il est peu probable que la Russie s’en contente, alors que Poutine est entré en guerre avec le soutien de la population, obtenu à la force de promesse qu’il doit maintenant tenir. Par ailleurs, le retrait éventuel de l’OTAN de la région Europe centrale et orientale et le possible gel de l’aide américaine à l’Ukraine pourraient modifier en profondeur les rapports de forces. Enfin, on assiste à de nouvelles pratiques, telles que la gestion de la guerre comme contenu marketing sur les réseaux sociaux, la possibilité de financement participatif lancé sur les réseaux sociaux pour « participer à l’effort de guerre » et la croissance exponentielle des technologies ukrainiennes.

Une chose est certaine : le monde entre dans une nouvelle ère géopolitique. Les anciennes alliances issues de la Seconde Guerre mondiale s’effritent, et le multilatéralisme vacille. En somme, jamais nous n’avons été aussi proches d’une 3e guerre mondiale.

– François Audet, directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM)

 

* L’enregistrement vidéo de cette conférence sera bientôt disponible sur le site de la Chaire Raoul-Dandurand.

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