L’IEIM vous présente Jérémie Cornut, professeur à l’Université Simon Fraser et chercheur associé à l’IEIM

Il est également membre du RAS et du CIRRICQ, 20 novembre 2023

Jérémie Cornut, chercheur associé à l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM) pour l’année académique 2023-2024, se dévoile. Il raconte son expérience avant d’obtenir un poste menant à la permanence au sein du département de science politique de l’Université Simon Fraser à Vancouver. Son portrait intéressera particulièrement les candidat.e.s au doctorat venu.e.s faire leurs études au Canada, et qui souhaitent y rester : son parcours universitaire lui a ouvert les portes de la profession qu’il exerce aujourd’hui, et qu’il aime. Tout au long de son cheminement, des mentors ont eu une place spéciale et sa réussite est liée à ses rencontres.

Son parcours universitaire commence avec une prépa littéraire en France. Il s’agit de deux années d’études généralistes et exigeantes dans tous les domaines des humanités. Ces deux années formatrices vont par la suite lui donner une base solide dans la poursuite de ses études en science politique. Après avoir réussi le concours de Science po Bordeaux, il intègre un programme international. Il passe ainsi une année sur deux en Italie, à Turin, jusqu’à décrocher sa maitrise. C’est au cours de ces années qu’il rencontre son premier mentor, le « très charismatique » Dario Batistella. Ce dernier lui donne les clés de lecture du monde international et lui transmet sa passion pour la théorisation en sciences sociales – après tout, comme il aime le rappeler, le mot théorie vient du grec theorein, qui signifie « observer avec émerveillement ce qui se passe, pour le décrire, l’identifier et le comprendre ».

Il émigre en 2006 au Canada pour poursuivre ses études. Il effectue un doctorat en cotutelle entre l’École des hautes études en sciences sociales à Paris et l’Université du Québec à Montréal. Il est dirigé au département de science politique de l’UQAM par Stéphane Roussel, son second mentor. Il rédige une thèse intitulée « Le pragmatisme et l’analyse des phénomènes complexes dans la théorie des relations internationales : le cas des excuses dans la diplomatie américaine », maintenant publiée aux Presses de l’Université de Montréal. Jérémie Cornut est un témoin de l’histoire du département de science politique de l’UQAM. Il insiste sur l’héritage de son directeur de thèse, le « très sympathique » Stéphane Roussel assuré aujourd’hui par Justin Massie, directeur du département.

« L’UQAM a une place spéciale dans mon cœur puisqu’elle a été à la fois le lieu dans lequel j’ai atterri et sur lequel j’ai pu compter pendant six ans pour m’acclimater. »

Ce moment d’acclimatation a marqué le chercheur : « Les portes ne sont pas toujours grandes ouvertes », dit-il en souriant. Il a pris conscience de la difficulté que représente l’intégration au Canada pour un.e étudiant.e étranger.ère. Les bourses sont souvent inaccessibles, le déracinement est psychologiquement difficile, l’absence d’un réseau de soutien pèse lourd. Tout en enseignant des charges de cours à l’UQAM, il décroche en 2010 – 2012 un emploi au Centre d’études sur la paix et la sécurité internationale (CEPSI) à l’Université de Montréal. Arrivé avec un permis d’études, il est devenu citoyen canadien un peu plus de cinq ans plus tard, « quelque chose qui est impensable dans la très grande majorité des pays du monde ». Cela lui permet de postuler aux bourses postdoctorales du FQR et CRSH qu’il obtient consécutivement.

Il profite de ces quatre années de financement pour ajouter des cordes à son arc : sa thèse était théorique, il voulait désormais faire du terrain. À l’Université McGill, entre 2012-2014, il travaille avec celui qui va devenir son troisième mentor, Vincent Pouliot, professeur de RI. « À McGill, les exigences sont différentes, tu es beaucoup plus en lien avec la discipline telle qu’elle est définie à l’échelle globale », ce qui ne fut pas facile, mais son mentor l’a accompagné. Il va alors faire du terrain en Égypte où il étudie les relations bilatérales diplomatiques du pays au moment du printemps arabe.

Andrew F. Cooper est son quatrième mentor. Il le rencontre lors de son deuxième postdoctorat de 2014 à 2016 à l’Université de Waterloo. Le professeur est à l’époque — et est toujours aujourd’hui — un chercheur de renommée mondiale dans l’étude de la diplomatie, car « toujours à l’affût de l’innovation, il a su se renouveler de nombreuses fois ». Le chercheur complète ainsi ses expériences passées. Pour résumer l’impact de ses mentors sur sa carrière, Jérémie Cornut indique que :

« Le premier m’a appris à aimer la théorie ;

Le deuxième m’a appris à avoir du plaisir en travaillant avec les autres ;

Le troisième m’a ouvert les portes de la discipline mondiale ;

Et le quatrième m’a appris à choisir des sujets pertinents pour l’époque. »

Ces quatre expertises ont contribué à faire de Jérémie Cornut un chercheur et un enseignant enthousiaste. Et cette formation donne ses fruits puisqu’il obtient un poste de professeur de science politique à l’Université Simon Fraser à Vancouver (SFU) en 2016. Il souligne au passage l’aide précieuse de la professeure Jasmin Habib dans la rédaction de ses (nombreux) dossiers de candidature au poste de professeur.

Et là, « c’est comme si tout le vent qui te soufflait dessus et t’empêchait d’avancer souffle désormais dans ton dos ». Le nouveau professeur s’installe à Vancouver et trouve des financements pour ses projets de recherche. En 2019, il décide de partir à nouveau sur le terrain pour effectuer des recherches sur l’impact des nouvelles technologies — Twitter devenu X et WhatsApp — dans les pratiques diplomatiques bilatérales et multilatérales. Il insiste pour souligner l’aide exceptionnelle qu’il reçoit de ses assistants de recherche, qui deviennent souvent des co-auteurs.

Le professeur ne tarit pas d’éloge – et a aussi quelques conseils – pour la nouvelle génération de doctorant.e.s au Canada. Il se rappelle que, jeune doctorant, il avait voulu mieux comprendre le milieu professionnel qu’il essayait d’intégrer. C’est ce qui l’avait conduit à faire des recherches sur le doctorat en science politique au Québec. Il publie ainsi en 2012 deux articles sur le sujet [1].

Fort de toutes ses expériences, Jérémie Cornut insiste sur la beauté mais aussi la difficulté de faire une carrière universitaire au Québec ou au Canada. Il est nécessaire pour les personnes qui entament un tel parcours professionnel — surtout lorsqu’elles viennent de l’étranger — de comprendre les difficultés auxquelles elles feront face. Il souligne qu’« il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » et il conseille aux aspirants professeurs de bien observer leur environnement, de bien s’entourer, et de sortir de leur zone de confort aussi souvent que possible. Mais il ajoute bien vite qu’il n’y a pas qu’une seule stratégie qui marche : « Malheureusement, comme le dit Macchiavel, la fortune – la chance – détermine souvent la moitié du cours des choses ».

C’est avec la sérénité d’une personne fière de ce qu’elle a accompli et reconnaissante pour le soutien sur lequel elle a pu compter que Jérémie Cornut commence une année sabbatique remplie de projets à l’IEIM. À Montréal, il va continuer d’étudier l’impact des nouvelles technologies sur la politique internationale, et tentera de faire un premier bilan de la politique étrangère de Justin Trudeau. L’IEIM suivra de près ses prochaines réalisations !


[1] Jérémie Cornut et al, « L’embauche dans les départements de science politique francophone au Québec et au Canada. Un bilan des années 2000-2010 » (2013) 31:3 ps 87‑108; Jérémie Cornut & Vincent Larivière, « Docteurs et doctorants en science politique au Québec (1997-2010) 1 » (2013) 31:3 ps 67‑86.

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