Crise en RDC : Résistances et Alliances au Nord et Sud-Kivu

Blogue Un seul monde, Zirhumana Kafunga Damas, 8 décembre 2025

Les conflits armés en République démocratique du Congo (RDC) constituent un cycle de violences profondément enraciné, résultant d’une interconnexion complexe entre dynamiques locales, régionales et internationales. Ce conflit a débuté en 1994 et dure encore à ce jour. Il oppose les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) à de multiples groupes armés nationaux et étrangers, principalement dans les provinces du Nord et Sud-Kivu où la situation sécuritaire et humanitaire se détériore. 

Analyse du contexte
La crise sécuritaire et humanitaire qui sévit dans la partie Est de la République Démocratique du Congo est alimentée par la présence de plusieurs groupes armés, dont l’AFC/M23 (Alliance Fleuve Congo et le Mouvement du 23 Mars), les Wazalendo et les Forces armées de la République du Congo (FARDC).

L’AFC/ M23 est un groupe rebelle congolais opérant principalement dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. Selon ses membres, le gouvernement congolais n’aurait pas respecté l’accord de paix signé en 2009, ce qui a entraîné une reprise des hostilités en 2012, puis de nouveau en 2021. Le mouvement est par ailleurs accusé de défendre les intérêts du Rwanda. Les Wazalendo, un terme signifiant « patriotes » en kiswahili, désignent des groupes d’autodéfense congolais formés en 2022 pour soutenir les FARDC  face à l’avancée du M23. Leur intégration formelle dans l’armée reste toutefois incomplète. À ce jour, le M23 contrôle une partie importante du Nord et Sud-Kivu, dont des villes stratégiques comme Goma et Bukavu, et affronte régulièrement les FARDC et leurs allié-es causant des déplacements massifs de populations.    

Constats issus de la recherche participative 

Dans le cadre de la mise en œuvre de son programme humanitaire Accompagnement de communautés locales du Nord et du Sud-Kivu pour des actions de consolidation de la paix, de promotion et de défense des droits ainsi que de prévention des violences faites aux femmes, Caritas Bukavu a réalisé une étude, en juillet 2025, dans les villes de Goma et de Bukavu. Cette enquête, portant sur la protection des membres des organisations de la société civile en contexte de conflit (période de janvier à juin 2025), révèle des faits préoccupants. Plusieurs acteur-trices de la société civile ont été contraint-es de fuir ou de se cacher, tandis que des journalistes ont été censuré-es et se sont vu confisquer leur matériel par le M23. Les groupes armés — et parfois même les forces gouvernementales — ciblent directement ces personnes, les exposant à des violences et à des menaces répétées. 

Parallèlement, les Wazalendo contrôlent plusieurs axes routiers, où ils imposent des fouilles et des paiements forcés, y compris auprès des humanitaires. Des soignant-es ont été enlevé-es ou retenu-es en échange de rançons, et plusieurs cabinets d’avocat-es ont été fermés, tandis que les domiciles et bureaux de défenseur-seuses des droits humains font l’objet de perquisitions arbitraires. 

Les femmes défenseuses des droits humains, notamment celles engagées sur des questions de violences sexuelles, environnementales ou liées à la paix et aux ressources minières, sont parmi les plus vulnérables. Activistes, journalistes, avocates, soignantes et travailleuses humanitaires sont particulièrement exposées, subissant viols, disparitions, détentions arbitraires, tortures, menaces, enlèvements ou assassinats. Nombre de ces défenseuses interrogées ont témoigné de traumatismes profonds, tandis que d’autres ont dû cesser leurs activités ou les poursuivre dans la clandestinité pour survivre face aux violences subies. 

Les unes ont abandonné leurs familles pour aller se réfugier dans des endroits plus sécurisés alors que d’autres continuent à travailler en cachette pour des raisons de sécurité et ont juré de continuer leurs luttes malgré le climat de terreur et des représailles auxquelles elles sont exposées. Les groupes armés cherchent à empêcher la documentation des violences en ciblant les défenseuses des droits humains. Lorsque celles qui militent pour la paix, l’environnement ou la lutte contre les violences sexuelles deviennent elles-mêmes victimes, les survivantes hésitent davantage à signaler les crimes. De plus, les acteur-trices du conflit perçoivent ces défenseuses comme des personnes susceptibles de rapporter les violations à l’échelle nationale ou internationale, ce qui les expose à des risques accrus et à des menaces constantes. 

Le M23 interdit, par ailleurs, la diffusion d’informations officielles et empêche la tenue de débats publics, limitant ainsi l’accès à l’information. Par le « système des 10 maisons », il surveille les déplacements de la population, instaurant un climat de peur généralisée.    

Analyse des résistances communautaires face à la crise sécuritaire 

Malgré les risques et les restrictions, les membres des Organisations de la Société Civile (OSC) ont fait preuve d’une remarquable résilience. Elles et ils ont développé des stratégies d’adaptation et/ou d’atténuation pour poursuivre leur mission tout en assurant leur sécurité physique individuelle, organisationnelle et celle des communautés qu’ils et elles soutiennent. 

Parmi les stratégies utilisées, plusieurs d’entre elles-eux ont été délocalisé-es, tout comme certains bureaux. D’autres ont opté pour l’anonymat, la discrétion et la réduction des déplacements en zones à risque. Des plans d’urgence et de contingence ont été instaurés, avec un renforcement de la sécurité des domiciles et bureaux.  Ils et elles ont également su adapter leur manière de travailler. Les OSC ont resserré leur collaboration : missions conjointes, coordination sur le terrain, partage et vérification d’informations en temps réel. Les activités en zones à haut risque ont été suspendues et les réunions se tiennent dans des lieux sécurisés. Le télétravail est présentement privilégié pour limiter l’exposition. 

Par ailleurs, la gestion de l’information s’est transformée. Dorénavant, les informations sensibles sont codifiées et sécurisées – des numéros d’urgence ont été créés. Les cas de violation sont documentés et vérifiés rapidement. Les OSC ont renforcé leur capacité de coordination, recevant des formations aux codes de conduite sécuritaire et aux plans de protection communautaire, en collaboration avec les services publics, dans le respect de l’indépendance et de la neutralité des OSC. 

Alliance internationale face à la crise RDC  

La communauté internationale n’est pas restée indifférente face à cette situation : en février 2025, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies  lors de sa 37e session extraordinaire sur la situation des droits de l’homme dans l’est de la République démocratique du Congo tenue à Genève a pris la résolution (A/HRC/RES/S-37/1), condamnant fermement les violences de conflits de guerres dans la partie EST de la RDC. Au cours du même mois de février, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies a adopté à l’unanimité la résolution 2773, condamnant fermement l’offensive du M23 en RDC soutenue par la Force de défense rwandaise et exigeant le retrait immédiat de ces forces du territoire congolais ainsi que la cessation des hostilités par le M23. 

En juillet 2025, une mission d’établissement des faits du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH), mandatée par le Conseil des droits de l’homme, s’est rendue dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Elle y a enquêté sur les violations graves des droits humains et du droit international humanitaire commises par les différentes parties en conflit durant cette période de crise. Ce rapport évoque le spectre de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans le Nord et le Sud-Kivu commis par tous les engagés aux conflits.  

En mai 2025, Madame Mary Lawlor, rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des humains, s’est exprimé de vive voix mentionnant que « les DDH du Nord et Sud – Kivu, ont besoin d’une aide immédiate, y compris d’un soutien pour une réinstallation temporaire avec leurs familles ». L’ONG internationale de DDH CIVICUS (World Alliance for Citizen Participation), dans son rapport intitulé : « Escalade du conflit violent dans l’est de la RDC : journalistes et DDH pris pour cibles, censure et coupures d’Internet » ajoute que les DDH/Journalistes, femmes activistes sont pris pour cible par les membres de groupes armés et forces gouvernementales de la RDC qui se battent au Nord et Sud-Kivu. Par ailleurs, dans un rapport  publié en août 2025 par Amnistie internationale révèle que les éléments du groupe armé WAZALENDO et ceux de l’AFC/M23 ont commis des actes graves de violations de droits de l’homme, de violences sexuelles et ceux contraires au droit international humanitaire contre les civiles et les membres des OSC du Nord et Sud-Kivu. 

Mobilisation interne  

Au niveau du pays, la communauté nationale n’a pas gardé silence sur ce qui se passe dans la partie Est de la RDC. En marge de l’Assemblée générale de l’ONU du 22 septembre 2025, le Président de la RDC, son excellence Félix Tshisekedi a fait briser le silence, lever le voile et appeler solennellement à la reconnaissance internationale du génocide perpétré sur le sol congolais, condition d’une justice qui répare et d’une paix qui dure. Il a lancé la campagne intitule « Génocost de la RDC » pour faire reconnaître à la communauté internationale les morts des guerres congolaises, qui ont lieu depuis 1994 à nos jours, comme victimes d’un génocide. Il a saisi cette occasion pour intensifier le plaidoyer en vue de la reconnaissance internationale du « Génocost.»   

Des pistes d’actions concrètes  

Face à la persistance des violations des droits humains (DH) et du droit humain international (DIH) en RDC, il est essentiel de mettre en place des mesures concrètes pour protéger les membres des OSC et les populations civiles touchées par le conflit.  

Ces mesures sont adressées au Gouvernement de la République Démocratique du Congo, aux organisations du système international des Nations Unies de protection de DH (HCDH, au Conseil de Nations Unies de DH), aux organisations intergouvernementales régionales et internationales, à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et de Peuples, aux ONG nationales et internationales de défense des droits humains et / ou de défense des droits des femmes, aux acteur-trices en conflit, aux chercheur-euses et universitaires.  À cet égard, plusieurs axes d’action prioritaires se dégagent : 

  • Créer un environnement protecteur sûr pour les défenseur-euses des droits humains, journalistes, soignant-es, femmes activistes et travailleur-euses humanitaires, particulièrement au Nord et Sud-Kivu ;
  • Renforcer les mesures de sécurité, d’accompagnement juridique, psychologique et médical pour les victimes, particulièrement les femmes et les enfants ;  
  • Amplifier leur voix et sensibiliser à la nécessité d’une coordination accrue pour leur protection ; 
  • Apporter un soutien financier et matériel aux organisations de défense des droits humains et/ ou de droits des femmes en RDC ; 
  • Appeler les acteur-trices en conflit à cesser toute forme de menace ou violence envers les membres des OSC congolaises ; 
  • Accroitre les alliances nationales et internationales inter-organisationnelles /gouvernementales en mobilisant plus de fonds pour la recherche de solutions durables face à la crise ; 
  • Accorder une attention particulière aux souffrances des populations civiles touchées par les conflits.  

Auteur :

Zirhumana Kafunga Damas, Défenseur des Droits Humains et chercheur en droits humains et égalité de genre en RDC

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