
Retour sur la conférence : « Diplomatie d’influence et cyberconflits : le cas de la guerre en Ukraine »
La conférence a eu lieu le 26 septembre 2024
Le 26 septembre dernier, l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM) a organisé une conférence portant sur la diplomatie d’influence et les cyberconflits, avec un regard particulier sur les stratégies adoptées par l’Ukraine et la Russie. Cette activité, organisée en collaboration avec l’Observatoire des conflits multidimensionnels de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, marquait l’amorce de la programmation 2024-2025 de l’IEIM, placée sous le thème des insécurités et des polycrises.
Dans son allocution d’ouverture, François Audet, directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal n’a pas manqué de faire le lien entre ce premier évènement de l’IEIM et le thème annuel.
Cette conférence rassemblait trois panélistes : Karine Pontbriand, candidate au doctorat en cybersécurité et relations internationales à l’Université de New South Wales en Australie ; Simon Hogue, professeur au Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et chercheur en résidence à l’Observatoire des conflits multidimensionnels de la Chaire Raoul-Dandurand ; et enfin Anne Leahy, ex-ambassadrice du Canada en Russie et fellow de l’IEIM.
La modération était assurée par Danny Gagné, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les conflits multidimensionnels, qui dans son propos liminaire a fait un rappel de la thématique et du lien que celle-ci entretient avec l’actualité du conflit en Ukraine.
Karine Pontbriand a d’abord développé son exposé autour d’une série de questionnements : Comment le cyberespace transforme les conflits? Comment la guerre en Ukraine le matérialise et quelle sont les leçons à tirer? Quel est le rôle de la cyberdiplomatie ?
« On constate que le cyberespace est venu donner une nouvelle option aux États dans les conflits. Cette nouvelle tendance vient remettre en question ce continuum de guerre et paix entre les États. On constate bien évidemment que la cyberdiplomatie n’a pas empêché la guerre en Ukraine. L’utilité de la diplomatie [est] à la base d’offrir des négociations, de s’entendre sur les normes et bonnes pratiques à mettre en avant. S’il n’y avait pas de cyberdiplomatie en amont, il n’y aurait pas d’outils pour dénoncer ni d’outils de sanction en cas de non-respect des normes. »
Simon Hogue, quant à lui, a articulé sa présentation sur l’utilisation des réseaux sociaux par l’Ukraine pour passer des messages aux populations des pays occidentaux afin de convaincre ceux-ci de lui apporter leur soutien.
« Ce qui est intéressant avec UNITED24 est qu’il reprend les discours officiels du gouvernement ukrainien et les rend intéressants pour plein de personnes qui ne suivent pas les médias traditionnels, et ne sont pas touchées par les discours de géopolitique […]. L’intérêt maintenant est de regarder ce qu’ils font comme usage des médias sociaux. Ils adaptent leur discours à trois normes de la culture numérique : le divertissement, l’authenticité et l’interactivité. C’est le repackaging du discours. »
Anne Leahy s’est finalement intéressée dans sa présentation à la Russie, qui est en guerre psychologique contre les pays occidentaux.
« Le but d’une guerre est d’avoir un effet sur nos cerveaux, c’est-à-dire, sans même qu’on se rencontre, qu’on se mette à penser, à tirer des conclusions, à remettre en question ce qu’on croyait jusqu’à maintenant, tranquillement, à changer notre façon de voir les choses, de penser. […] Par exemple, lorsque les Russes parlent des attaques des Ukrainiens, c’est toujours en disant que ceux-ci utilisent « les armes de l’OTAN », puis les journalistes américains tombent dans le panneau, ils répètent cette formule en la normalisant. »