Portrait | L’IEIM vous présente Justine Monette-Tremblay, professeure associée à l’IEIM

Elle est aussi chercheuse postdoctorale au Département des sciences juridiques et à l'OCCAH, 2 novembre 2026

« Mon souci n’a pas tant été de choisir un domaine d’études, mais plutôt de trouver les disciplines qui m’aideraient à répondre à mes questions de recherche, notamment celle qui m’a toujours habitée : comment reconstruire sa vie après avoir subi des violences ? »

C’est ainsi que Justine Monette-Tremblay, aujourd’hui professeure associée à l’IEIM et chercheuse postdoctorale à l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaires (OCCAH) de l’UQAM, revient sur son parcours depuis le baccalauréat en relations internationales et droit international (BRIDI). Cette volonté a été le fil conducteur de son parcours universitaire, à la croisée du droit, de la criminologie et des sciences politiques. C’est notamment lors d’un stage réalisé en 2015 auprès du Mouvement contre le viol et l’inceste, organisme montréalais accompagnant des femmes demandant l’asile au Canada après avoir subi des violences sexuelles dans leur pays d’origine, que se dessine son intérêt pour la reconstruction des survivantes. Cette expérience déterminante oriente progressivement ses recherches vers les droits des femmes, les droits humains et les mécanismes de justice transitionnelle. Ce stage, elle l’entreprend de sa propre initiative, celui-ci n’étant pas obligatoire dans le cadre de son baccalauréat et l’organisme n’avait pas l’habitude d’accueillir des stagiaires. « C’est moi qui leur ai demandé et qui leur ai expliqué comment je pourrais leur apporter quelque chose », se souvient-elle. Cette initiative ouvre la voie à une collaboration durable entre l’organisme et les personnes étudiantes du BRIDI. En effet, presque chaque année, l’une d’entre elles y réalise désormais un stage. Quant à Justine Monette-Tremblay, elle y demeure engagée, siégeant aujourd’hui à son conseil d’administration.

Après le BRIDI, elle entreprend un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en études internationales à l’Université de Montréal. Dans ce programme de nouveau interdisciplinaire, elle découvre notamment la criminologie et l’anthropologie. Elle poursuit ensuite ses études à l’Université Grenoble Alpes, en France, où elle réalise deux années de maîtrise en droit, dont une spécialisation en théorie et histoire des droits humains. Cette première immersion dans un environnement universitaire plus strictement disciplinaire ne se fait pas sans difficultés.

« À chaque fois que je présentais mes questions de recherche, justement, on me disait : “Mais ce n’est pas du droit. Tu ne peux pas faire ça.” »

Malgré ces résistances, elle trouve auprès de ses directrices de recherche un espace pour poursuivre ses interrogations. Son mémoire, intitulé Commission de vérité et de réconciliation du Canada : une étude de la sublimation de la violence coloniale canadienne, examine la capacité de ces mécanismes à contribuer au processus de décolonisation, pour permettre aux survivant·es des pensionnats autochtones canadiens de se reconstruire. L’objectif était de s’interroger sur les effets concrets des dispositifs de justice transitionnelle, au-delà de leurs objectifs institutionnels.

En 2018, elle entreprend un doctorat en droit à l’Université d’Ottawa, dans une perspective de droit et société, un courant qui privilégie l’étude des effets sociaux du droit plutôt que celle des seules règles juridiques. Sa recherche doctorale propose une étude de cas multiple des commissions de vérité et réconciliation en Afrique du Sud et en Côte d’Ivoire, en s’intéressant particulièrement aux perceptions de justice des victimes. Initialement conçu autour d’une enquête ethnographique auprès de ces dernières, son projet doit toutefois être profondément remanié avec l’arrivée de la pandémie de COVID-19. Elle mobilise donc pour cette thèse des enquêtes existantes : des rapports d’organisations de défense des droits humains, des documents des Nations unies et des publications scientifiques pour élaborer une grille d’analyse des perceptions de justice. Consciente des limites de cette démarche, elle insiste sur la nécessité de considérer ses résultats comme des pistes de réflexion plutôt que comme des conclusions définitives. Cette attention portée à l’expérience des victimes s’inscrit dans une approche de « justice thérapeutique », qui interroge les effets du droit et des processus judiciaires sur les personnes qui les traversent. Pour elle, comprendre la justice implique ainsi de dépasser les institutions et les procédures pour examiner ce qu’elles produisent concrètement dans la vie des individus.

Depuis janvier 2026, Justine Monette-Tremblay poursuit ses recherches postdoctorales à l’OCCAH et au Département des sciences juridiques de l’UQAM, auprès des professeurs Olivier Barsalou et François Audet, avec le soutien du Fonds de recherche du Québec. Elle élargit ses réflexions sur la justice transitionnelle aux enjeux environnementaux. En mobilisant notamment les outils conceptuels de la victimologie et de la criminologie verte, elle cherche à comprendre comment l’environnement pourrait être reconnu comme victime à part entière dans les contextes de conflits armés, indépendamment de ses seules relations avec les populations humaines. Cette démarche s’inscrit dans une perspective critique et décoloniale du droit international, dont elle interroge les fondements eurocentrés et les conceptions anthropocentriques de la protection juridique. « Il y a plein d’autres approches qui sont tout aussi pertinentes », souligne-t-elle, évoquant notamment les traditions juridiques autochtones et certaines juridictions africaines reconnaissant des droits collectifs liés à l’environnement. Ses travaux s’intéressent particulièrement à la Colombie, où la Juridiction Spéciale pour la Paix offre des pistes pour repenser la reconnaissance juridique de l’environnement dans les processus de justice transitionnelle. Cette ouverture à d’autres traditions juridiques témoigne de son attachement à l’interdisciplinarité, qu’elle souhaite également promouvoir dans ses activités. « Les disciplines ont tellement à s’apprendre mutuellement », affirme-t-elle, regrettant le manque de dialogue entre les différents champs de recherche qui s’intéressent pourtant aux mêmes enjeux.

Son engagement se prolonge dans ses fonctions à la Clinique internationale de défense des droits humains de l’UQAM (CIDDHU), dont elle assure actuellement la direction par intérim pour l’année 2026-2027. Aux côtés de Djemila Carron, professeur·e au Département des sciences juridiques de l’UQAM, elle participe à la formation d’environ 24 personnes étudiantes par session, réparties entre six mandats confiés par des organismes partenaires de défense des droits humains. À travers ces dossiers concrets, la CIDDHU entend former une nouvelle génération de défenseuses et défenseurs des droits humains. Les mandats actuels témoignent toutefois des contextes internationaux et nationaux préoccupants, marqués notamment par les menaces visant les personnes qui défendent les droits des communautés LGBTQ+ et par la montée du révisionnisme historique entourant les pensionnats autochtones au Canada.

« Maintenant, il faut se battre à nouveau pour tous ces acquis-là ».

Cette situation lui paraît d’autant plus préoccupante que certaines victoires juridiques sont tout de même relativement récentes. Le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada a été publié en 2015, et, à peine une décennie plus tard, l’on se trouve confrontés à la résurgence de discours révisionnistes sur l’histoire des pensionnats autochtones. Pour Justine Monette-Tremblay, cette remise en cause témoigne de la fragilité des acquis en matière de reconnaissance et de protection des droits humains, ainsi que de la nécessité de poursuivre leur défense.

Interrogée sur l’évolution des préoccupations des étudiantes et étudiants actuels du BRIDI, Justine Monette-Tremblay reconnaît que si le contexte international a profondément changé depuis ses propres années de formation, elle constate néanmoins une certaine continuité dans leurs interrogations, notamment quant à l’efficacité du droit international et à la capacité des institutions à protéger les droits humains. « C’est les mêmes discussions qu’on avait à mon époque », souligne-t-elle. À ses yeux, la force du BRIDI réside précisément dans sa capacité à développer un esprit critique permettant d’appréhender les transformations du monde, quelles qu’elles soient.

« C’est le super pouvoir du BRIDI. Au-delà des débouchés professionnels ou des appartenances disciplinaires, cette formation offre avant tout une grille d’analyse du monde incroyable, qui permet aux personnes étudiantes de mieux comprendre les dynamiques internationales et de réfléchir aux moyens d’agir sur celles-ci.

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Bernard Derome

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