
« Laissés de côté ». Un regard interdisciplinaire et intergénérationnel sur l’Agenda 2030 des Nations Unies
Mercredi 17 au vendredi 19 juin 2026, salle D-R200, UQAM et en ligne
L’Agenda 2030 a été adopté en septembre 2015 par l’Assemblée générale des Nations Unies (AGNU Rés. 70/1). C’est ce programme, axé sur le développement durable, qui constituera l’objet d’étude central du colloque international que nous allons tenir en juin prochain à Montréal. Au plan méthodologique, l’approche scientifique préconisée est une approche interdisciplinaire et intergénérationnelle permettant de mobiliser une grande variété de regards disciplinaires sur l’actuelle stratégie onusienne de développement durable. Après dix ans de mise en œuvre à différentes échelles (internationale, régionale, nationale et locale), une analyse critique s’impose pour l’ensemble des acteurs impliqués et des parties prenantes. Depuis les années 1960, l’ONU a adopté six grandes stratégies internationales en matière de développement : les quatre décennies internationales sur le développement (1960-2000), le programme des Objectifs du millénaire pour le développement (2000-15) et l’Agenda 2030 (2015-30). Ambitieux et universel, ce programme d’envergure planétaire repose sur la formulation d’une série de 17 objectifs, 169 cibles et 232 indicateurs liés au concept de développement durable (Roch, 2021). Selon les estimations de l’AGNU formulées en 2017, c’est un financement colossal de 90 000 milliards de dollars USD sur 15 ans qui était et est toujours requis pour assurer la réalisation de ce programme d’ici 2030 (voir aussi : Programmes d’Addis-Abeba 2015 et Document final de Séville 2025).
Avec les droits humains, la paix et la sécurité internationales, le développement durable constitue aujourd’hui l’un des trois piliers fondamentaux de l’action internationale des Nations Unies (Pacte sur l’avenir de 2024). Or, malgré l’importance de ce domaine d’action pour le système onusien dans son ensemble, force est de constater que ce programme n’est pas en voie de se réaliser. Au contraire, comme l’indiquait récemment le SGNU, Antonio Guterres, à l’échelle mondiale c’est plus de 50% des ODD qui stagnent ou régressent et moins de 20% des ODD qui sont sur la voie d’être effectivement atteints d’ici 2030 (Rapport ODD, 2025). Sur le plan financier, l’ONU évalue d’ailleurs à 4000 milliards USD par an le déficit actuel de financement. Bref, à l’instar des programmes précédents, l’ONU et ses États membres se dirigent vraisemblablement vers un échec important en matière de développement. Le désengagement récent et radical des États-Unis dans ce domaine de coopération, particulièrement sous l’administration Trump, constitue d’ailleurs un obstacle majeur à sa réalisation devant être pris en compte. Fondé sur la devise phare « Ne laissez personne de côté », le titre de notre colloque international : « Laissés de côté », se veut justement une façon, pour nous, de mettre en relief les échecs de ce programme et l’urgence d’une analyse critique. Malgré tous les mérites que l’on peut reconnaître à l’Agenda 2030 et l’importance de la mobilisation qu’il a généré à tous les niveaux depuis 2015, aussi bien par les acteurs étatiques que les acteurs non étatiques, force est d’admettre qu’une grande partie de la population planétaire est toujours exclue, marginalisée ou discriminée. Toutes les données probantes que l’on retrouve dans la base de données globale sur les ODD (ODD, Global Database), dans les rapports annuels sur les ODD (2016-25) et les rapports d’Examens nationaux volontaires (Forum de haut-niveau sur le développement durable, ENV) vont dans ce sens. Des millions de personnes ne sont pas en mesure d’exercer de manière effective leur droit au développement, entendu comme « un droit inaliénable de l’homme en vertu duquel toute personne humaine et tous les peuples ont le droit de participer et de contribuer à un développement économique, social, culturel et politique dans lequel tous les droits de l’homme et toutes les libertés fondamentales puissent être pleinement réalisés, et de bénéficier de ce développement » (Art. 1 de la Déclaration sur le droit au développement des NU de 1986).
Dans ce contexte, porter, comme nous le ferons, un regard interdisciplinaire et intergénérationnel sur l’Agenda 2030, c’est porter un regard sur l’état du monde en matière de développement et s’interroger sur ce qui explique l’exclusion d’une partie encore trop importante de la population mondiale des processus de développement contemporains. De nombreuses leçons pourront être tirées et partagées au terme des quatre journées de notre colloque.
Observatoire sur l’Agenda 2030 des Nations Unies (CEIM-UQAM)
