
Repenser la sécurité dans un monde en reconfiguration
Lancement du Carrefour en sécurité internationale de l’UQAM
Nous assistons à un virage historique dans les politiques de défense et de sécurité. Après des décennies durant lesquelles le Canada a été régulièrement critiqué pour la faiblesse de ses investissements militaires et son incapacité à respecter certains de ses engagements auprès de ses alliés, notamment au sein de l’OTAN, le pays entre dans une nouvelle période.
Les tensions géopolitiques, la guerre en Ukraine et en Iran, la reconfiguration des rapports de puissance et, plus récemment, la pression exercée par les États-Unis — qui s’est notamment traduite par une guerre tarifaire avec le Canada — ont profondément modifié le débat. Avec le gouvernement de Mark Carney, des milliards de dollars supplémentaires seront consacrés à la défense et à la sécurité au cours des prochaines années. Ces choix auront nécessairement des conséquences sur les priorités budgétaires de l’État et sur sa capacité à financer d’autres politiques publiques.
Il est difficile de contester la nécessité pour le Canada d’assumer ses engagements envers ses alliés et de disposer des capacités nécessaires à la protection de son territoire, de sa souveraineté et de sa population. Mais cette nouvelle priorité accordée à la défense soulève une question beaucoup plus fondamentale : de quoi devons-nous réellement nous protéger ?
Car les menaces à la sécurité des populations canadienne et québécoise prennent aujourd’hui des formes multiples qui dépassent largement la seule menace militaire à notre souveraineté territoriale.
Parmi ces menaces, les incendies, les inondations ou la difficulté d’accès à l’eau potable constituent des menaces climatiques immédiates pour la sécurité civile, mais soulèvent également des enjeux de sécurité économique et peuvent alimenter des tensions et des conflits qui touchent aux questions de défense. Les risques associés à l’intelligence artificielle sont eux aussi majeurs et concernent des dimensions essentielles de notre souveraineté démocratique, économique et militaire. Les vulnérabilités sont également d’ordre économique. Les dépendances à l’égard de certains partenaires ou de certaines ressources critiques exposent les pays à des risques économiques, mais peuvent aussi créer des faiblesses stratégiques, brouillant ainsi les frontières entre politique commerciale, souveraineté et sécurité.
Ces trois exemples n’épuisent pas la diversité des menaces auquel fait face le Canada. On semble déjà d’ailleurs avoir oublié les enjeux de la crise sanitaire créés par la pandémie de la COVID-19.
Ces exemples illustrent néanmoins la multiplicité des enjeux de sécurité et leur caractère transversal. Pour identifier les menaces qui pèsent sur la sécurité du Canada et réfléchir aux moyens de les prévenir ou de s’y adapter, il faut réunir les expertises de chercheuses et de chercheurs en défense, climat, énergie, technologie, santé, droit, économie ou science politique, et les faire dialoguer pour mieux saisir la complexité de ces menaces et leurs multiples implications. Il faut aussi interroger la manière dont ces enjeux de sécurité sont mobilisés dans le débat politique et analyser les conséquences des réponses qui leur sont apportées.
C’est précisément dans ce contexte que l’Université du Québec à Montréal crée le Carrefour en sécurité internationale de l’UQAM, hébergé à l’Institut d’études internationales de Montréal.
Le Carrefour se veut un espace de convergence des expertises de l’UQAM et un lieu de réflexion sur les questions de sécurité internationale. Sa vocation sera de mettre en dialogue les différentes dimensions de la sécurité, d’examiner leurs complémentarités et leurs tensions, et d’interroger les choix politiques et économiques qu’elles impliquent.
Il réunira des chercheurs et chercheuses provenant de différentes disciplines, mais créera également des passerelles avec les décideurs publics, les praticiens, les organisations de la société civile et les citoyens. Il contribuera ainsi à faire circuler les connaissances entre la science, le politique et l’espace public afin de mieux comprendre ce que nous voulons protéger, contre quelles menaces, et avec quels moyens.
Auteurs :
François Audet, directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM)
Julien Martin, directeur scientifique du Carrefour en sécurité internationale de l’UQAM
Institut d'études internationales de Montréal (IEIM)




