L’IEIM vous présente Mark Purdon, professeur au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale à l’ESG-UQAM

Il est également titulaire de la Chaire sur la décarbonisation de l’UQAM, 29 mai 2023

Mark Purdon s’intéresse depuis longtemps aux questions environnementales, ses recherches sur la décarbonisation en sont l’aboutissement. Après avoir réalisé son baccalauréat au Nouveau-Brunswick à l’occasion duquel il s’engage dans des campagnes écologiques auprès du groupe Friends of the Christmas Mountains notamment, Mark Purdon valide une maîtrise en environnement à l’UQAM. Son mémoire de recherche porte alors sur l’écologie forestière, et vise à déconstruire le concept de nature face à la gestion forestière scientifique. Cette étape marque le début d’une réorientation de ses recherches vers les aspects politiques des questions environnementales. Après avoir trouvé un emploi dans un institut de recherche forestière en République tchèque, pays depuis lequel sa mère a émigré au Canada, il s’inscrit à l’Université d’Oxford où il termine une deuxième maîtrise en politique environnementale. Intéressé par l’interaction entre politique climatique et développement international, il entame une formation doctorale en sciences politiques à l’Université de Toronto dans un domaine désormais connu sous le nom de politique comparative en matière de changement climatique. Il a également effectué un stage postdoctoral en études du développement international à la LSE à Londres.

Depuis, le chercheur propose d’aborder ses recherches selon une approche interdisciplinaire et comparative, insistant sur la nécessité d’embrasser les facteurs politiques, économiques et sociaux pour réellement s’emparer de la complexité des enjeux environnementaux auxquels il s’intéresse. C’est en ce sens qu’il occupe la fonction de titulaire de la Chaire sur la décarbonisation de l’UQAM, unité de recherche membre de l’Institut d’études internationales de Montréal depuis janvier 2022.

La décarbonisation vise à penser la reconfiguration des systèmes économiques et sociaux basés sur l’exploitation de combustibles fossiles, et ce que le chercheur qualifie de « mauvaise gestion des terres ». La décarbonisation serait en ce sens un moyen de défaire le verrouillage politique de ce système non viable à long terme, nécessitant donc une mise à jour de ses fondements. La Chaire sur la décarbonisation de l’UQAM propose ainsi d’organiser ses recherches selon trois axes principaux :

  • L’évaluation de l’efficacité des activités de décarbonisation dans les secteurs de l’énergie, des transports et de l’affectation du territoire ;
  • L’élaboration d’une approche en économie politique comparée de la décarbonisation afin d’analyser les résultats recueillis et de les replacer dans un contexte donné ;
  • La mesure du progrès de la coopération régionale et mondiale sur les changements climatiques dans le but de proposer des estimations et des projets politiques collaboratifs pouvant s’adapter à ces contextes.

Mark Purdon encourage en ce sens l’élaboration de recherches de terrain s’intéressant avec précision aux contextes dans lesquels elles s’inscrivent, tout en favorisant la mise en relation de leurs résultats avec d’autres cas, permettant selon lui de mieux envisager l’efficacité des politiques publiques visant à restructurer le système politique et économique actuel. Il s’inscrit ainsi dans une approche comparative de la décarbonisation, en proposant une analyse des politiques comparées en matière de changement climatique. Il engage ainsi des projets de recherche portant sur l’analyse comparée des réseaux de transports en commun entre le Québec et en Californie par exemple, ou encore, dans son dernier projet de publication, l’impact des instruments de finances climatiques entre la Tanzanie, l’Ouganda et la Moldavie entre 2008 et 2018.

Il insiste également sur la nécessité de réfléchir à ces changements structurels en encourageant les échanges entre les différentes institutions en charge de statuer sur ces enjeux. Selon lui, la mise en place de politiques publiques ne peut s’avérer efficace qu’à condition de considérer que les enjeux environnementaux auxquels nous faisons face s’inscrivent dans des perspectives globales, impliquant donc de s’intéresser autant aux politiques économiques qu’aux politiques environnementales ou encore à la protection des droits des êtres vivants, des terres, à la question de l’exploitation de minéraux, etc.

« Il faut avoir une réflexion commune, ne pas tomber dans des discussions en vase clos où les décisions seraient prises à l’intérieur d’institutions dont on ne connaît pas réellement les prérogatives, pour inviter les individus à adopter les mesures recommandées, en faisant preuve de plus de transparence ».

Pour le titulaire de la Chaire sur la décarbonisation, ces enjeux ne sont pas homogènes et s’inscrivent dans un monde multipolaire où une réflexion au niveau international ne peut faire l’économie d’adapter les directives visant l’élaboration de changements efficaces au niveau domestique. Ces perspectives sont par exemple abordées dans son livre Greening the developmental state: the political economy of climate finance effectiveness in developing countries, à paraître chez Oxford University Press.

Cette approche comparative et cette volonté de conjuguer politiques internationales et spécificité des contextes nationaux s’accompagnent d’une volonté de créer des ponts entre les différentes sphères de la recherche académique. Mark Purdon rappelle en effet qu’il n’est pas possible de se saisir de la complexité des enjeux environnementaux sans engager une analyse plus aboutie du système économique et politique notamment.

« Le plus grand défi est d’attirer les étudiant.es qui adoptent une entrée en politique de l’environnement vers le croisement de ces réflexions avec des enjeux économiques et sociaux, d’élaborer une approche interdisciplinaire qui me semble pertinente au vu de mon parcours. Il est en effet important de créer ces ponts pour poser la question de l’efficacité des politiques publiques. Il faut pour cela croiser les analyses proposées par les économistes ou les ingénieurs avec celles des politologues comme moi, pour expliquer les raisons pour lesquelles ces décisions sont prises, quelles opportunités de changement elles impliquent, etc. »

Inviter les chercheur.es de la relève à adopter ce regard interdisciplinaire semble particulièrement important pour le chercheur, qui développe actuellement un microprogramme sur la question de la gouvernance de la décarbonisation. Sans négliger les sciences naturelles, il propose d’y insister sur les perspectives interrogées par les sciences sociales, en rappelant que les enjeux épistémologiques et ontologiques qui se placent au cœur de ce champ de recherche permettraient aux étudiant.es de mieux s’adapter à la pluralité des approches méthodologiques nécessaires à l’étude de la gouvernance et de la décarbonisation : approche quantitative, qualitative, interprétation d’articles, approche critique, etc. Il rappelle en effet la nécessité de se saisir des forces et des faiblesses qu’impliquent ce type d’approche et de construire une perspective critique à même d’améliorer la recherche portant sur ces enjeux, afin de mieux comprendre la complexité et le fonctionnement même du système politique économique et social actuel. De telles perspectives amènent ainsi le chercheur à favoriser le travail conjoint entre spécialistes des études en sciences sociales et politiques, en sciences de l’économie, environnementales et naturelles.

Cette manière d’envisager le travail scientifique et la mise en commun des réflexions visant l’élaboration de réformes efficaces pour un objectif de décarbonisation montre bien l’importance que Mark Purdon accorde à l’implication des chercheur.es dans des sphères extérieures au monde académique. Il estime en effet que les chercheur.es sont aptes à proposer des analyses et des recommandations à même d’agir sur les prises de position des gouvernements et d’encourager la mise en place de mesures visant à réguler et promouvoir les perspectives liées à la décarbonisation.

Sa participation à la prochaine COP (Conférence des Parties) qui se tiendra à Dubaï en novembre 2023 semble s’inscrire dans cette perspective. Selon lui, les chercheur.es jouent en effet un rôle important et actif au sein de leur société. Il rappelle que les chercheur.es québécois.es s’investissent et contribuent à la diffusion de leurs recherches afin qu’elles aient un impact sur la formulation des débats, pouvant même aller jusqu’à influencer, dans une certaine mesure, des décisions politiques. Le Québec pourrait ainsi jouer selon lui un rôle stratégique important dans sa capacité d’influencer et d’inciter d’autres acteurs à participer à des projets visant à accélérer le processus de décarbonisation. Le chercheur rappelle que la situation environnementale et climatique actuelle ne s’améliorera pas en limitant les émissions de gaz à effet de serre de quelques régions seulement, mais qu’un effort partagé et global, conscient de la spécificité de chaque contexte, est plus que nécessaire :

« La décarbonisation passe en effet par des relations économiques, des relations diplomatiques et s’ancre dans le développement international ».

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