Portrait | L’IEIM vous présente Olivier Barsalou, professeur au Département des sciences juridiques et directeur du BRIDI

19 octobre 2026

C’est en 2002 que le baccalauréat en relations internationales et droit international (BRIDI) voyait le jour au sein de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM, la même année que l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM). Résolument interdisciplinaire, ce tout nouveau programme entendait offrir aux étudiantes et étudiants une formation croisant les perspectives du droit, de la science politique, de l’histoire et de l’économie pour mieux appréhender les transformations des relations internationales. Dans les rangs de cette toute première promotion de l’automne 2002 figurait Olivier Barsalou, maintenant professeur au Département des sciences juridiques, tout premier représentant des personnes étudiantes au Conseil de l’Institut et directeur actuel du BRIDI. 

Lorsqu’il repense à ses années de baccalauréat de 2002 à 2005, il souligne : « La plus grande force du BRIDI est, en réalité, sa plus grande faiblesse ». Ce programme permet en effet aux personnes étudiantes de naviguer entre plusieurs disciplines, mais il soulève également des questions quant à l’identité professionnelle et intellectuelle de ses diplômé.es. « Est-ce que tu es un politologue? Un juriste? Un historien ? […] Tu es un peu de tout ça, mais rien en même temps. » Cette difficulté à s’inscrire dans les catégories disciplinaires traditionnelles constitue néanmoins, selon lui, l’un des principaux atouts du programme.

En favorisant la confrontation des approches et perspectives, le BRIDI offre la possibilité de sortir des cadres établis et de « poser des questions un peu inattendues ».

C’est d’ailleurs cette démarche critique qui allait façonner ses premières recherches. Vers la fin de son baccalauréat, une question en apparence simple a commencé à émerger : « Pourquoi avons-nous les droits humains que nous avons? »  Au-delà de leur reconnaissance en tant que principes à valeur prétendument universelle, il souhaitait comprendre leurs origines historiques, les circonstances qui ont conduit à leur formulation ainsi que les décisions qui ont abouti à leur adoption.

Cette réflexion le conduit à entreprendre une première maîtrise en droit international à l’UQAM, consacrée à l’histoire de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Recherche qu’il poursuit à New York University (NYU), où il réalise une seconde maîtrise également en droit international, s’intéressant cette fois aux origines des Conventions de Genève de 1949. L’objectif était de retracer les circonstances entourant l’élaboration de ces instruments juridiques dans une perspective d’histoire du droit international. Démarche historique qu’il poursuit dans le cadre de son doctorat en droit à NYU, en s’attaquant cette fois à une question plus large, celle du droit à l’autodétermination des peuples, s’intéressant aux contradictions qui traversent ses développements. Dans cette thèse, celui-ci a cherché à analyser et à comprendre comment les puissances impériales européennes et américaines ont pu défendre le droit à l’autodétermination tout en poursuivant leurs entreprises coloniales et impériales. Cette logique repose selon sur une conception de l’émancipation dont les formes ont évolué au fil des siècles : du salut religieux sous l’Empire espagnol à la mission civilisatrice des empires français et britannique, jusqu’au développement économique sous l’impérialisme américain. Comme il l’explique, « l’hétéronomie tire sa légitimité de la promesse qu’elle fait de conférer l’autonomie à l’individu ou au groupe dominé ».

Du baccalauréat à ses études postdoctorales, son parcours est marqué par des interrogations récurrentes : « Pourquoi le monde dans lequel on vit est-il comme il est ? Qu’est-ce qu’on a perdu en chemin ? Quelle opportunité avons-nous manquée […] en construisant ce monde ? »

C’est lors de ce postdoctorat à l’Université McGill, dans le sillage de la COP15 à Paris, que s’amorce un tournant dans ses travaux. En suivant les discussions autour de cette conférence internationale sur les enjeux climatiques, une intuition l’a interpellé : « Le CO2, c’est un déchet. Le ciel, c’est un dépotoir. » Il entreprend alors de réfléchir en posant une question fondamentale : de quoi parle-t-on réellement lorsqu’on parle de CO2 ? En envisageant les émissions de CO2 sous l’angle des déchets plutôt que comme de simples externalités négatives, celui-ci commence à interroger les fondements du droit international de l’environnement. Avec son collègue Michael Picard, ancien camarade du programme de maîtrise en droit international au sein du Département des sciences juridiques de l’UQAM et désormais professeur de droit à l’Université d’Édimbourg (Écosse), il développe une réflexion critique sur la fonction de ce droit : « Qu’est-ce que fait ce droit-là s’il ne protège pas et ne réduit pas la pollution et la production de déchet ? » Leur hypothèse, volontairement provocatrice, est que le droit de l’environnement aurait moins pour fonction de prévenir la pollution que « d’organiser la production de la pollution et d’assurer sa dispersion efficiente ». En fixant des seuils de contamination et en évaluant les risques, celui-ci participerait ainsi à une forme d’acceptation institutionnalisée de la pollution, plutôt qu’à son élimination. Cette attention portée aux enjeux environnementaux dans le droit se prolonge dans ses recherches actuelles sur la gouvernance des déchets. Toujours avec le professeur Picard, ils s’intéressent à un enjeu environnemental encore peu étudié : l’accumulation des déchets spatiaux. Le déploiement de mégaconstellations de satellites et les projets émergents d’infrastructures informatiques en orbite soulèvent de nouvelles interrogations sur la congestion de l’espace et le devenir de ces équipements.

Interrogé sur le thème de la programmation 2026-2027 de l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM), « Faire face aux menaces et éclairer le débat : la sécurité internationale à l’ère de la réorganisation du monde », le professeur Olivier Barsalou invite à questionner la place accordée à la sécurité dans notre manière d’appréhender les transformations contemporaines.  À ses yeux, la première question consiste à identifier : « À quel problème répond la solution sécurité ? » Ce membre du Conseil de l’IEIM nous incite à réfléchir au choix même de ce concept dans le vocabulaire politique et académique : « Pourquoi n’a-t-on pas pris le care ? Pourquoi pas la justice ? […] L’égalité ? Pourquoi on a pris la sécurité ? » Nous devons en effet interroger les présupposés qui orientent notre lecture du monde. Cette réflexion le conduit également à souligner les limites des conceptions qu’il juge profondément anthropocentriques, centrées sur les comportements humains et la gestion des risques.

Selon lui, les transformations les plus profondes de l’ordre international pourraient bien provenir de forces non humaines, au premier rang desquelles figurent les changements climatiques, allant jusqu’à affirmer qu’« Aujourd’hui, la force politique la plus puissante sur Terre, je pense, c’est peut-être le CO2 ».

Pour le professeur Barsalou, ces dynamiques constituent autant d’angles morts des études de sécurité et du droit international: « On parle souvent des gens, mais on parle peu des choses et de leur agentivité.

Revenant sur les actuels étudiantes et étudiants du BRIDI, Olivier Barsalou souligne d’abord le paradoxe qui caractérise leur rapport au monde. Confrontées à des crises et à des violences qui peuvent susciter un sentiment d’impuissance, elles trouvent dans ce programme un moyen de mieux comprendre ces réalités et, surtout, d’envisager des manières d’agir sur celles-ci. « Je pense que les personnes étudiantes sont plus optimistes que moi. Ça en prend, qui ont de l’espoir […] qui ont encore envie de se révolter. » Au-delà de l’acquisition de connaissances, il souhaite surtout amener les personnes étudiantes à « rendre ce que l’on considère comme évident, bizarre ».  C’est précisément cette capacité à reformuler les problèmes plutôt qu’à accepter les solutions qui s’imposent comme des évidences, cette même invitation à la déconstruction et à la dénaturalisation qui a marqué son propre parcours, qu’il souhaite transmettre aux futures générations de « Bridistes ».

Partenaires

Ministère des Relations internationales et de la Francophonie | Québec Faculté de science politique et de droit | UQAM

Institut d’études internationales de Montréal (IEIM)

Adresse civique

Institut d’études internationales de Montréal
Université du Québec à Montréal
400, rue Sainte-Catherine Est
Bureau A-1540, Pavillon Hubert-Aquin
Montréal (Québec) H2L 3C5

* Voir le plan du campus

Téléphone 514 987-3667
ieim@uqam.ca
www.uqam.ca

Un institut montréalais tourné vers le monde, depuis plus de 20 ans!

— Bernard Derome, Président

Créé en 2002, l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM) est un pôle d’excellence bien ancré dans la communauté montréalaise. Les activités de l’IEIM et de ses constituantes mobilisent tant le milieu académique, les représentants gouvernementaux, le corps diplomatique que les citoyens intéressés par les enjeux internationaux. Par son réseau de partenaires privés, publics et institutionnels, l’Institut participe ainsi au développement de la « diplomatie du savoir » et contribue au choix de politiques publiques aux plans municipal, national et international.

Ma collaboration avec l’IEIM s’inscrit directement dans le souci que j’ai toujours eu de livrer au public une information pertinente et de haute qualité. Elle s’inscrit également au regard de la richesse des travaux de ses membres et de son réel engagement à diffuser, auprès de la population, des connaissances susceptibles de l’aider à mieux comprendre les grands enjeux internationaux d’aujourd’hui. Par mon engagement direct dans ses activités publiques depuis 2010, j’espère contribuer à son essor, et je suis fier de m’associer à une équipe aussi dynamique et impliquée que celle de l’Institut.

Bernard Derome

Inscrivez-vous au Bulletin hebdomadaire!


Contribuez à l’essor et à la mission de l’Institut !