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L’accès aux vaccins : avons-nous oublié les populations en situation de crise au Sahel central ?

Texte rédigé par Moussa Ahmed Mouhmoudan, candidat à la maîtrise, ESG-UQAM, 22 novembre 2021

À l’instar de plusieurs régions du monde, la pandémie de la COVID-19 a touché la région du Sahel central (Burkina Faso, Mali, Niger). En plus de cette crise sanitaire, la région est également confrontée à une crise humanitaire liée aux déplacements des populations qui fuient les violences des attaques des groupes armés non étatiques. Celles-ci sont perpétrées notamment par le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) dans la zone de trois frontières. Les populations déplacées sont particulièrement vulnérables à la famine, à laquelle s’ajoute le risque de violence et de COVID-19.

Le vaccin contre la COVID-19 représentait un espoir afin de freiner la pandémie. C’est dans cette optique qu’a été mise sur pied l’initiative COVAX afin de garantir « un accès mondial et équitable » au vaccin. Cette initiative est censée permettre aux pays à faible revenu de se doter de doses de vaccin grâce à l’engagement des États les plus riches. Or, les pays du Sahel font partie des pays ayant un système de santé fragile ; ainsi, l’accès au vaccin dans ces pays est crucial pour lutter contre le virus. Certes, force est de constater que l’approvisionnement en vaccins promis par le mécanisme COVAX se fait au compte-goutte. Les pays du Sahel central ont néanmoins pu bénéficier de certains lots de vaccins en provenance du Canada (Astra Zeneca), de la Chine (Sinopharm), des États-Unis (Johnson & Johnson) et de l’Union européenne (Astra Zeneca) grâce au mécanisme COVAX.

Manque de moyens et contexte d’insécurité permanent

Pour que ceux-ci conservent leur efficacité, la plupart des vaccins doivent demeurer à des températures comprises entre 2° et 8° Celsius. D’autres requièrent des températures allant de -20° à -70 ° Celsius, ce qui nécessite des moyens matériels et logistiques adaptés. Or, les pays du Sahel central sont dépourvus des moyens pouvant leur permettre de conserver adéquatement les vaccins pour une éventuelle campagne de vaccination ciblant l’ensemble de la population.

De plus, certaines zones du Sahel central où vivent les populations en situation de crise sont confrontées à des besoins sociaux de base, dont l’accès aux services de santé. La situation s’est amplifiée avec la fréquence des attaques des groupes armés. De ce fait, une faiblesse du système sanitaire local s’est installée au fil des années, les structures de santé en région n’étant maintenant plus fonctionnelles. C’est ainsi qu’il y a eu une centralisation du système sanitaire dans les centres urbains, jugés plus sécuritaires. Il devient donc difficile, voire impossible, de mettre un œuvre une campagne de vaccination pour les populations vulnérables dans les zones en situation de crise.

Au vu de ces réalités, la situation devient préoccupante. Les groupes armés non étatiques marquent toujours leur présence par des attaques sur des civils. La situation s’intensifie et se détériore. L’accès à certaines zones se voit de plus en plus limité, et on constate un affaiblissement de la gouvernance locale. Les populations sont contraintes de coexister avec les groupes armés, malgré tous les risques qui peuvent s’y rattacher. Ainsi, les pays du Sahel central doivent déloger ces groupes afin de vacciner les populations en situation de crise. Le retour de l’État est nécessaire pour reprendre la situation en main. Bien que des efforts soient plus que nécessaires, aucune action allant dans ce sens ne se profile à l’horizon.

La vaccination au Sahel central, une question de moyens

Dès le début de la pandémie, les pays du Sahel ont très vite compris la nécessité d’opter pour la prévention. C’est ainsi qu’ils ont réalisé des progrès importants dans leur lutte contre la COVID-19. Si la prévention leur a permis de gagner une bataille contre la contagion, l’arrivée des vaccins devrait permettre de passer à une autre étape, soit celle de l’immunisation. Mais certains enjeux demeurent…

Avec les moyens du bord et les vaccins disponibles, les pays du Sahel ont opté pour une campagne de vaccination dans les centres urbains, où la situation est aujourd’hui maîtrisée. Cette stratégie est liée à la disponibilité des vaccins, dont les doses fournies par le mécanisme COVAX et à l’accès aux populations. De ce fait, on a pu assister au lancement des campagnes encourageant les personnes âgées de 18 ans et plus à se faire vacciner contre le virus.

Notons cependant que la crise de la COVID-19 a exacerbé la vulnérabilité de populations en situation de crise à l’extérieur des centres urbains, en restreignant l’accès aux services sociaux de base. Comme ces populations sont les plus à risque de contracter le virus, elles devraient faire partie des groupes prioritaires à vacciner. Toutefois, les pays du Sahel central ne peuvent pas les atteindre. Ainsi, pour le moment, la vaccination continue dans les centres urbains en ciblant toutes les personnes désireuses de se faire vacciner contre le virus.

Les populations du Sahel central, exclues de la campagne de vaccination

Ce n’est pas la première fois que les populations du Sahel central sont plongées dans des crises. Une crise humanitaire sévissait déjà dans la région, et une crise sanitaire s’en est suivie. Ces populations subissent depuis longtemps des attaques qui présentent des risques importants pour civils. Pour aller à la rencontre de ces populations dans l’objectif d’une vaccination, les États du Sahel central doivent mettre en place toute la logistique nécessaire à l’immunisation dans ces zones éloignées.

Les populations vulnérables du Sahel central ont adhéré aux mesures de préventions prônées par les instances étatiques, ce qui démontre leur capacité et leur motivation à collaborer aux efforts de lutte contre la COVID-19. C’est alors qu’on a pu observer des changements de comportements qui ont permis de réduire le risque d’infection. Ainsi, les citoyens et citoyennes ont été des acteurs clés dans la lutte contre le virus.

Or, depuis que le vaccin est là, les populations souhaiteraient abandonner les mesures préventives, jugées difficiles à maintenir à cause des ressources limitées, en ayant plutôt recours à la vaccination. Les États du Sahel central doivent ainsi à leur tour faire preuve de réciprocité à l’égard de leur devoir vis-à-vis des populations vulnérables qui ont contribué à la lutte contre le virus. Pour l’instant, ces individus attendent et gardent espoir, mais des solutions sont-elles à l’horizon ?

La lutte contre le virus dans le Sahel : des pistes de solutions ?

Récemment Pfizer et Merck ont développé des pilules anti-COVID, dont les systèmes de fabrication et d’entreposage sont moins complexes que pour les vaccins, puisqu’ils ne sont pas soumis à la chaîne de froid. Pour le traitement oral de Pfizer, une entente a été conclue avec la Communauté des brevets sur les médicaments, une organisation soutenue par les Nations Unies mieux connue sous le nom anglais de Medecine Patent Pool. Cet accord stipule que Pfizer ne recevra aucune redevance sur les ventes de son traitement oral dans les pays à faible revenu, ce qui pourrait permettre aux pays du Sahel central de se le procurer à faible coût.

Une autre option serait d’envisager l’utilisation de drones pour livrer des pilules anti-COVID dans les zones isolées du Sahel central. Notons que cette technologie est utilisée pour acheminer des vaccins, des médicaments et des poches de sang au Ghana et au Rwanda grâce à Zipline, une start- up californienne. Néanmoins, des investissements sur la chaîne d’approvisionnements demeurent toujours nécessaires en amont. De plus, ce mécanisme peut présenter d’éventuels risques dans une zone de conflit puisque des drones de l’armée française sont actuellement déployés dans la zone de trois frontières à des fins de lutte contre les groupes armés. Au Mali, par exemple, où la situation politique est plus complexe avec une forte présence des groupes armés dans la zone frontalière avec le Burkina Faso et le Niger, cette option n’est pas envisageable. Elle pourrait l’être ailleurs dans le Sahel central cependant.

Hormis l’initiative COVAX, les pays donateurs et les acteurs multilatéraux pourraient plaider pour le Sahel afin d’accélérer la fabrication et la distribution des comprimés antirétroviraux. De plus, une implication s’avère nécessaire pour accompagner les pays du Sahel central dans la mise en place des chaînes de logistique dans les zones isolées de la région.

Crédit photo  : Mokhtar Mohamed, sous licence CC0 1.0

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