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Gérer les forêts burkinabés en tant que bien commun : une voie de salut ?

Texte rédigé par Rachida Bouhid, doctorante à l’ESG-UQAM, et Issaka Oumarou Harou, doctorant à l’ESG-UQAM, 10 mai 2021

Les forêts : des biens communs durables

Les forêts constituent un écosystème de biodiversité. Elles revêtent une importance vitale par leur contribution à la protection de l’environnement. Or, leur gestion durable, qui permet de préserver « leur diversité biologique, leur capacité de renouvellement, leur bonne santé et leur vitalité » n’est pas toujours optimale. Certains pays réussissent mieux que d’autres à faire de leurs forêts un véritable moteur de développement durable. Ceux qui y parviennent, comme la Roumanie, traitent les forêts en tant que biens communs. En effet, cette perspective économique considère les forêts en tant que « biens qui présentent une non-exclusion d’usage et une rivalité dans leur consommation  ». Elles sont, de ce fait, des biens communs à la disposition des communautés d’utilisateurs et d’utilisatrices et sont dès lors exposées à la « tragédie des communs », concept développé par Hardin en 1968 pour décrire la surexploitation d’une ressource partagée à des fins individuelles. Certes, cette tragédie est évitable, selon les travaux d’Elinor Ostrom, lauréate du prix Nobel d’économie en 2009. Ostrom stipule que la gestion des biens communs offre des opportunités de coopération spontanée entre les protagonistes et « que des arrangements institutionnels entre les utilisateurs peuvent conduire à une gestion raisonnée de la ressource ». Cette considération des forêts en tant que bien commun pourrait constituer une voie alternative pour plusieurs pays, notamment le Burkina Faso, où la forêt constitue une ressource économique non négligeable pour les communautés rurales.

Les forêts au Burkina Faso : une ressource économique et de subsistance

C’est en 2008 que l’office national des zones protégées (OFINAP) du Burkina Faso a été créé, dans le but de gérer le réseau national des parcs, réserves et forêts. Depuis, au moins 77 espaces ont été déclarés aires protégées et leur superficie s’étend sur 3,9 millions d’hectares, selon les données du ministère chargé de l’Environnement, l’Économie verte et du Changement climatique (MEEVCC). Parmi ces espaces se trouvent de nombreuses forêts qui subissent un recul alarmant à cause de la surexploitation, le changement climatique et la détérioration de la qualité du sol.

En plus du volume de bois sur pied, la forêt au Burkina Faso permet de générer des produits forestiers « non ligneux » d’origine végétale, tels que les fruits (baies, noix, etc.), les graines, les champignons, les feuilles, les plantes médicinales, etc. Dans le cas d’amandes de karité, de 70 à 80 mille tonnes sont extraites annuellement. La moitié de cette quantité est écoulée sur le marché local, et l’autre moitié est destinée à l’exportation. Pour les populations, surtout rurales, les forêts sont une source d’alimentation, de revenu et de pharmacopée. C’est pourquoi plusieurs voix se sont levées, de l’intérieur et de l’extérieur du pays, réclamant des initiatives de reforestation et ont permis le lancement de programmes de reboisement comme « Bois de village » et « 8000 villages, 8000 forêts ».

La tragédie des forêts burkinabés et les défis d’articulation des politiques de gestion

Malgré les efforts de reboisement, les espaces forestiers burkinabés continuent de subir des pressions. Outre les impératifs climatiques, la menace réelle vient des pratiques anthropiques abusives telles que la culture itinérante de brûlis, la coupe abusive du bois, la pratique des feux de brousse, le surpâturage et la pratique de techniques prohibées de récolte de produits forestiers.

Sous l’égide du MEECC, de nouvelles actions ont été entreprises et regroupées sous les cinq axes suivants : (1) la définition d’un cadre juridique régissant les forêts classées ; (2) la réalisation d’études, la mise en aménagement et la gestion participative des forêts classées ; (3) l’amorce de la gestion décentralisée des forêts classée ; (4) la promotion de la valorisation des produits des forêts classées et (5) l’évaluation des actions par la surveillance des forêts classées et le suivi. Cependant, la mise en place de ce plan d’action a rencontré des embuches. On peut citer la résistance de certaines populations locales lors de la mise en œuvre du plan, car cela impliquait un abandon de certaines de leurs activités génératrices de revenus (vente du bois et des produits forestiers non ligneux). Également, la surveillance et le contrôle des zones protégées ont été insuffisants, faute de moyens humains et logistiques. En plus, les partenaires externes, qui financent les projets de revitalisation des forêts à hauteur de 90-95 %, mettent l’emphase sur les forêts les plus prometteuses en termes de rentabilité financière et rejettent principalement les forêts qui ont atteint un niveau avancé de dégradation ou celles situées loin des centres de consommation comme celles du Centre et du Nord du pays qui sont caractérisées par un faible taux de couverture végétale.

Les ressources forestières continuent alors de se dégrader annuellement à coup de 105 000 hectares. Cela signifie que la reforestation est compromise puisqu’elle ne comble que 10 % des terrains perdus, sans parler des millions d’arbres plantés, mais laissés à l’abandon.

Le gouvernement burkinabé toujours à l’œuvre

Ainsi, une coopération dynamique s’impose, outillée en instruments d’imputabilité plus efficaces, entre le secteur privé, les organismes non gouvernementaux (ONG) et les organismes internationaux. Le gouvernement burkinabé s’est doté d’un nouveau plan et la réhabilitation s’est mise en route avec un accent mis sur l’apurement des forêts protégées occupées et la poursuite des aménagements forestiers. Alors que la première phase a nécessité l’implication de partenaires financiers et techniques (la Banque africaine de développement et la Banque mondiale entre autres), les phases subséquentes ont donné lieu à des campagnes citoyennes de reboisement. Depuis 2018, le gouvernement a institué la Journée nationale de l’arbre (JNA) qui a lieu chaque année dans les 13 régions du pays sous le thème « Arbre, santé et résilience climatique ». L’objectif en est une mobilisation générale pour la restauration des écosystèmes dégradés. Les communautés, les institutions gouvernementales (tel le Conseil économique et social — CES) et les ONG sont ainsi de la partie. Lors de la dernière édition, qui s’est tenue le 8 août 2020, le président Roch Marc Christian Kaboré a donné le coup d’envoi en rappelant la symbolique de la journée et en invitant les Burkinabés à planter et à entretenir des arbres.

Pour une réelle gestion des forêts selon les principes des biens communs

Dans son ouvrage majeur, « La gouvernance des biens communs : Pour une nouvelle approche des ressources naturelles », Ostrom étudie la gestion des ressources naturelles (biens communs) par des collectifs utilisant des formes de propriété collective. Tel que souligné ci-dessus, les institutions auto-organisées, que sont les populations locales, les organisations communautaires, les associations et les coopératives, sont impliquées et jouent un rôle important dans les différentes politiques de gestion des forêts au Burkina Faso. Néanmoins, il serait judicieux de soumettre le travail que ces parties prenantes effectuent et le plan mis de l’avant par le gouvernement, aux outils d’analyse développés par Ostrom et aux facteurs clés de succès de l’auto-organisation et de gestion de ressources naturelles. Ostrom a établi huit principes que doivent respecter les biens communs] pour permettre leur protection par les communautés d’acteurs : (1) la ressource et les ayants droit doivent être clairement définis ; (2) les règles de gestion de la ressource doivent être conformes aux réalités de l’environnement local et aux objectifs des ayants droit ; (3) les ayants droit doivent participer à l’élaboration et à la modification des règles de gestion ; (4) les agents et les agentes chargés de la mise en œuvre de ces règles doivent être responsables devant les ayants droit ; (5) il doit exister un système gradué de sanctions en cas de violation des règles ; (6) le dispositif doit prévoir un accès rapide et aisé à des instances locales permettant de résoudre de potentiels conflits ; (7) les autorités supérieures (les États) doivent reconnaître le droit des instances locales à autogérer les ressources garantissant ainsi le principe de subsidiarité ; (8) en cas d’existence de vastes ressources communes, des dispositifs de gestion imbriqués peuvent être conçus.

Visiblement, cette vision est à l’encontre du modèle dominant qui préconise que le seul mode optimal de gestion est celui associé au type de bien : l’état pour les biens publics et le marché pour les biens privés. Ostrom montre que les individus peuvent s’auto-organiser pour gérer durablement des biens communs s’ils sont dotés de structure institutionnelle appropriée. D’ailleurs, au Burkina Faso, l’approche Ostromienne est déjà en œuvre dans certains secteurs d’activités où l’exploitation de la forêt à des fins économiques se révèle importante (exemple du beurre de karité qui fait du Burkina Faso le premier producteur en Afrique de l’Ouest). L’intérêt d’analyser la participation des organisations communautaires est qu’elles édifient des règles collectives/participatives pour organiser des relations interdépendantes répétitives aboutissant à un processus d’auto-organisation, qui, selon Ostrom, pourrait aboutir à la résolution d’un problème d’action collective par la création endogène de règles. Cette approche utilisée dans la gestion des parcs à karité pourrait donc être mobilisée dans d’autres secteurs de façon adaptée et contextualisée, tel celui de la gestion durable des forêts.

Crédit photo : Antona Osberg/Wikipedia Commons

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