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Égalité des genres, personnes LGBTQ2I et politique étrangère féministe du Canada

Texte rédigé par Stephen Brown, professeur titulaire à la Faculté des sciences sociales à l’Université d’Ottawa, 1er mars 2021

Le gouvernement canadien prépare actuellement une politique étrangère féministe qui cherche à mieux coordonner ses efforts disparates pour promouvoir l’égalité des genres à l’étranger. Ce processus constitue une précieuse occasion de défendre les droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queer, bispirituelles et intersexes (LGBTQ2I) dans le monde entier. Toutefois, un obstacle important à cet effort est la conception actuelle du gouvernement selon laquelle le terme « genre » signifie essentiellement « femmes et filles ». Une compréhension plus nuancée de l’égalité des genres est donc nécessaire.

Affaires mondiales Canada a montré une volonté claire d’inclure dans sa politique étrangère féministe des préoccupations liées à l’orientation sexuelle, à l’identité et à l’expression de genre, et aux caractéristiques sexuelles (connue sous l’acronyme OSIEGCS). Son document « Mise en contexte », publié fin 2020, pour guider les consultations sur la politique avec les acteurs de la société civile, contient quelques références aux personnes LGBTQ2I et souligne la discrimination et la violence qu’elles subissent.

En outre, le document de discussion mentionne les considérations relatives à l’OSIEGCS ainsi que d’autres sources de discrimination auxquelles se heurtent les femmes et les filles, à savoir l’origine ethnique, l’âge, la religion et le handicap. Cette reconnaissance de l’intersectionnalité des sources d’oppression est la bienvenue et, de fait, elle est nécessaire pour garantir que la situation d’un éventail complet d’acteurs soit adressée, et non pas seulement celle d’un sous-ensemble de femmes et de filles qui pourraient être plus accessibles ou relativement privilégiées.

Toutefois, deux problèmes majeurs découlent d’une telle approche qui se concentre sur les femmes et les filles tout en reconnaissant que certaines d’entre elles peuvent également être LGBTQ2I.

Une question de genre

Premièrement, elle ignore le caractère indissociable du genre des préoccupations liées à l’OSIEGCS, ce qui diffère de la relation du genre avec d’autres sources d’identité, telles que l’ethnicité, la race, la religion et le handicap. Être LGBTQ2I est intrinsèquement lié au genre, et non pas seulement une caractéristique qui s’ajoute au genre.

Les personnes LGBTQ2I sont discriminées en raison de leur non-conformité aux normes sociales et aux corps genrés : qui elles aiment, comment elles se comportent, comment elles s’habillent et leur apparence corporelle. Sans les divisions binaires socialement construites entre masculin et féminin et la normativité qui les accompagne, il n’y aurait pas de personnes LGBTQ2I.

Plus concrètement, une femme n’est lesbienne ou bisexuelle qu’à cause de la congruence entre son genre et celui de ses partenaires sexuels désirés. Une personne trans ou non binaire ne l’est qu’en raison de la différence entre, d’une part, son identité et son expression de genre et, d’autre part, le sexe qui lui a été attribué à la naissance. Une personne n’est intersexe que parce que son corps ne correspond pas aux taxonomies traditionnelles de l’homme ou de la femme. Ainsi, la seule raison pour laquelle les personnes sont considérées comme LGBTQ2I – et font l’objet de discrimination – est leur genre. Les préoccupations relatives à l’OSIEGCS et l’inclusion des personnes LGBTQ2I sont donc un élément crucial de toute stratégie qui se prétend féministe ou qui vise l’égalité des genres.

Genre ≠ femmes et filles

Deuxièmement, adopter une approche basée sur le fait que certaines femmes et filles sont également LGBTQ2I peut s’appliquer à la plupart des femmes et filles lesbiennes et bisexuelles, dont l’orientation sexuelle peut potentiellement s’ajouter à leur genre féminin. Toutefois, cette approche ne tient pas compte des questions d’identité et d’expression de genre et des caractéristiques sexuelles. Bien que les femmes transgenres puissent être incluses dans une catégorie indifférenciée « femmes et filles », une telle perspective met de côté leurs expériences et besoins spécifiques.

De plus, le fait de ne reconnaître que les femmes et les filles qui sont également LGBTQ2I efface la nécessité de soutenir également les hommes gais cisgenres et les hommes trans, ainsi que les personnes intersexes et non binaires. Ils font tous partie de la catégorie des LGBTQ2I et sont marginalisés en raison de leur genre, même s’ils ne sont pas des femmes et des filles. Le terme « genre » ne devrait pas être un raccourci pour désigner « les femmes et les filles ».

En d’autres termes, une politique féministe qui vise l’égalité des genres ne doit pas seulement s’attaquer à la situation des femmes et des filles qui sont également LGBTQ2I, mais à celle de toutes les personnes LGBTQ2I. Cela requiert de déstabiliser la distinction nette entre hommes et femmes et de travailler avec des personnes de tous les genres pour promouvoir l’égalité sur l’ensemble du spectre du genre. Cela implique de travailler avec des hommes et des garçons hétérosexuels et cisgenres également. L’égalité des genres concerne tout le monde.

Vers un engagement plus systématique

Dans un article récent, ma coauteure et moi avons examiné la place des considérations liées à l’OSIEGCS dans le programme d’aide au développement du Canada et, en particulier, sa politique d’aide internationale féministe de 2017. Ce document de politique a adopté une approche similaire à celle que j’ai décrite plus haut, selon laquelle certaines femmes et filles pourraient également être LGBTQ2I.

Malgré cette perspective limitée, le programme d’aide canadien est allé bien au-delà des mentions à première vue seulement symboliques de l’OSIEGCS. Sa contribution centrale est un fonds doté d’un budget initial de 30 millions de dollars sur cinq ans, « pour promouvoir les droits de la personne et améliorer la situation socioéconomique des personnes LGBTQ2 dans les pays en développement ». Bien qu’il s’agisse d’une innovation louable, ce n’est qu’un premier pas. Ce qu’il faut, comme nous l’avons soutenu, c’est plus qu’une programmation de niche et une rhétorique de soutien. Il faut plutôt intégrer les préoccupations relatives à l’OSIEGCS dans l’ensemble du programme d’aide au développement du gouvernement. Et cette recommandation s’applique également au reste de la politique étrangère canadienne.

Au début de l’année dernière, j’ai demandé si le gouvernement Trudeau était possiblement en train de se désintéresser des droits LGBTQ2I à l’international. La réponse du gouvernement, signée par la ministre de la Diversité et de l’Inclusion Bardish Chagger, n’a pas mentionné de mesures supplémentaires, à part « un volet dédié aux réfugiés afin d’offrir un refuge aux défenseurs des droits de la personne, y compris les défenseurs des LGBTQ2, les journalistes et les travailleurs humanitaires en danger ».

Petite avancée, les dernières lettres de mandat du nouveau ministre des Affaires étrangères et de la ministre du Développement international contiennent chacune une brève mention de la nécessité de s’attaquer à la « discrimination contre les communautés LGBTQ2 ». La politique étrangère féministe du Canada offre une occasion d’être plus ambitieux.

Une politique étrangère véritablement féministe exige une approche globale qui intégrerait les préoccupations liées à l’OSIEGCS dans toutes les activités du gouvernement et ses partenariats avec les autres pays, les organisations internationales, les organisations de la société civile et les acteurs du secteur privé. Les droits des personnes LGBTQ2I ne doivent pas faire l’objet d’un domaine d’action à part. Ils doivent plutôt être au cœur de tout programme d’égalité des genres et donc être un élément clé de la nouvelle politique étrangère féministe du Canada.

Ce billet de blogue a déjà été publié en anglais sur le site du McLeod Group.

Crédit photo : Ted Eytan / CC BY-SA 2.0 / Flickr

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