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Changements climatiques et insécurité alimentaire : Le cas de l’Afrique de l’Ouest

Texte rédigé par Christina Popescu, candidate au doctorat en psychologie sociale à l’UQAM., 1er février 2021

Dans un monde où la réalité des changements climatiques n’est plus à confirmer, il devient pressant de se pencher sur les enjeux que ces problématiques amènent, et exacerbent, sur les populations humaines à travers le monde. Les faits parlent d’eux-mêmes : le réchauffement climatique a déjà atteint 1 °C au-dessus du niveau préindustriel en 2017 ; et selon le taux actuel d’émissions de GES dans le monde, le réchauffement global devrait atteindre 1,5 °C autour de 2040 dans le scénario le plus favorable — et qui risque d’être dépassé.

Les conséquences de ces transformations seront vécues avec certaines variations d’un lieu à l’autre de la planète, et les États y répondront également de manière différenciée, souvent à la hauteur de leurs moyens politique et économique. S’il est vrai que les pays du Nord, plus polluants et généralement plus riches en termes de PIB, pourront mieux pallier certaines conséquences des changements climatiques sur leur territoire, cela n’est pas forcément le cas de la majorité des pays du Sud — qui sont également les pays les moins pollueurs et responsables de la crise climatique actuelle. À ce titre, les dix plus gros pollueurs et responsables des transformations climatiques sont, par ordre d’importance, les États-Unis, la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Indonésie et en dixième position, le Canada. En parallèle, l’organisme Oxfam rapportait que 18 pays d’Afrique avaient subi des pertes annuelles communes s’élevant à plus de 700 millions de dollars, attribuables aux conséquences des changements climatiques entre les années 2008 et 2018. Les projections des chercheur.e.s concernant les transformations à venir sont également unanimes : les pays du Sud seront plus touchés — et plus rapidement — par les phénomènes climatiques extrêmes et le réchauffement global que leurs pendants du Nord, ce qui aura de graves répercussions sur la biosphère et les sociétés humaines de ces régions. Le continent africain ne fait pas exception à cette réalité, et c’est ce qui sera exploré dans ce billet.

Les scientifiques estiment que l’Afrique sera l’un des continents les plus touchés par la hausse des températures globales, notamment dans les zones intérieures subtropicales, et qu’une occurrence beaucoup plus fréquente des événements de chaleur extrême risque d’y prendre place. Les précipitations aussi y seront transformées : des inondations et des glissements de terrain seront plus fréquents en certains endroits, tandis que plus de sécheresses et d’aridité seront présentes en d’autres. L’élévation du niveau des océans et l’érosion des terres costales représentent également un autre défi de taille, et tous ces effets combinés ne seront pas sans avoir des répercussions sur la qualité et la disponibilité des terres arables et d’eau douce sur le continent. Devant l’immensité des terres et des diversités d’Afrique, la présente exploration sera circonscrite à la région ouest-africaine qui vit une croissance économique et un taux de natalité exceptionnels depuis quelques années. Depuis la pandémie de COVID-19 toutefois, cette croissance est à la baisse et ces réalités, combinées à celles qu’amèneront les changements climatiques, auront une large incidence sur l’environnement, l’agriculture et la sécurité alimentaire de cette région du monde, enjeux qui toucheront davantage la situation des femmes.

Topographie de l’insécurité alimentaire

Malgré l’existence d’un droit à l’alimentation pour tous.tes, la prévalence de la sous-alimentation en Afrique subsaharienne a crû ces dernières années pour atteindre 22 % de la population en 2019. En Afrique de l’Ouest, 15,2 % de la population avait souffert de sous-alimentation durant la même année. Les projections pour le futur ne sont, quant à elles, guère réjouissantes non plus : si la prévalence de la sous-alimentation continue de croître au rythme actuel en Afrique subsaharienne, plus de 29,4 % de la population risque d’en être touchée vers 2030 ; alors que ce pourcentage augmenterait à 23 % pour la région ouest-africaine. En nombre absolu, cela représente plus 400 millions de personnes qui souffriraient d’insécurité alimentaire à travers l’Afrique subsaharienne vers les années 2030. À ces prédictions s’ajoutent aussi les effets collatéraux qu’apportent la pandémie de COVID-19 et les changements climatiques sur l’aggravation de cet état d’insécurité alimentaire, et qui n’ont pas tous été pris en considération dans ces calculs.

L’augmentation constante du nombre de personnes souffrant de sous-alimentation depuis 2010 en Afrique subsaharienne s’explique mal lorsque les rendements agricoles, eux, n’ont fait que croître ces dernières années dans le monde. À titre d’exemple, entre 1961 et 2017, la production totale d’aliments issus des plantes céréalières a augmenté de 240 % dans le monde en raison de l’augmentation des superficies et des rendements agricoles. En d’autres mots, si un nombre grandissant de personnes souffrent de la faim, ce n’est pas par manque de disponibilité des denrées alimentaires sur les marchés, mais plutôt par manque de moyens de subsistance pour les acquérir. Ainsi, les causes de sous-alimentation sont davantage structurelles que conjoncturelles et la réalité est telle que pauvreté et insécurité alimentaire ne peuvent être dissociées l’une de l’autre.

Il importe aussi de spécifier que l’agriculture sur le continent africain revêt la plupart du temps la forme de productions vivrières cultivées par des petits agriculteurs et agricultrices. L’agriculture à plus petite échelle fournit jusqu’à 80 % de la production alimentaire vivrière en Afrique subsaharienne, en plus de jouer un rôle plus que considérable dans les milieux ruraux, car elle permet d’assurer une certaine sécurité alimentaire dans les zones où elle est pratiquée de par la perspective alimentaire d’autosuffisance et d’un revenu d’appoint qu’elle amène aux ménages. Dans un monde en transformations où les rendements agricoles risquent de diminuer dans les années à venir, et en considérant que la population est en constante augmentation, qui seront les personnes qui risquent d’être le plus touchées par ces bouleversements ?

Le visage de la pauvreté

L’Afrique de l’Ouest est la région du continent où 43 % de la population vit avec moins de 1,90 dollar américain par jour et où le taux de chômage reste élevé, notamment chez les jeunes. De plus, étant donné que la pauvreté porte plus souvent qu’autrement un visage rural — ainsi que féminin —, ce sont surtout les femmes agricultrices qui sont les plus à même de vivre une détérioration de leurs situations en lien avec l’accès aux ressources foncières et l’insécurité alimentaire. Le fait que les femmes aient un accès beaucoup plus limité que les hommes à la terre — et ce malgré la mise en place de nouvelles lois foncières de droit commun dans les années 2000 —, aux formations, aux financements, ainsi qu’aux intrants et aux équipements agraires n’est pas étranger à cette situation.

De plus, les femmes représentent les groupes issus de la population mondiale les plus à risque de vivre une plus grande paupérisation due aux changements climatiques et à la pandémie de COVID-19, et cela est notamment dû au fait qu’elles subissent beaucoup plus de discriminations multiples que leurs homologues masculins. Dans la plupart des cas, cela est la résultante de l’interaction de différentes catégories identificatoires à un certain moment dans le temps, tel que leur sexe biologique, leur ethnie, la couleur de leur peau, leur religion, leurs croyances spirituelles, leur classe socio-économique, leur statut matrimonial, leur âge, leur situation de handicap, leur identification aux genres, leurs orientations sexuelles, ainsi que leurs croyances politiques, pour ne nommer que ces catégories. Ce sont ces conjonctures qui sont mises de l’avant par les approches de recherche féministes intersectionnelles.

Force est donc de constater que malgré tous les programmes passés et présents mis en place par les organisations internationales, tels que les Objectifs du Millénaire pour le Développement (2000-2015) et les Objectifs de développement durable (2015-2030) — où deux des objectifs centraux sont de réduire l’extrême pauvreté et la faim dans le monde —, les résultats n’ont guère été à la hauteur des espérances encourues. La Deuxième Commission de l’Assemblée générale de l’ONU déclarait, en novembre 2020, que l’objectif d’éliminer la faim dans le monde est bel et bien en train d’être aggravé par la pandémie, et que des changements en profondeur doivent être apportés au niveau mondial pour atteindre cet objectif. Des exemples de ces transformations sont de baisser les importations agricoles afin de permettre une meilleure résilience au sein des pays touchés, ainsi que de rendre les systèmes agricoles alimentaires plus verts et durables, en s’attaquant notamment aux formes d’agriculture pollueuses et responsables d’accroître les gaz à effets de serre dans l’atmosphère.

Dans un contexte où la compétition pour la terre est en constante croissance et où les pressions exercées sur celle-ci ne font qu’augmenter, il importe de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre dans ces processus et de rester vigilant.e.s quant à leur transformation. Cela d’autant plus lorsque l’on considère que ces stress fonciers proviennent de l’interaction de plusieurs facteurs, parmi lesquels une population mondiale grandissante, les effets présents et prochains des changements climatiques, un exode rural et une urbanisation de plus en plus rapide, une baisse de la fertilité des sols due à l’épuisement de ceux-ci, en plus d’un plus grand besoin d’atteindre une sécurité alimentaire et énergétique pour tous.tes.

Crédit photo : Creative commons

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