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L’IEIM vous présente Ndeye Dieynaba Ndiaye, professeure au Département des sciences juridiques et directrice de l’OMIRAS

L’OMIRAS est l’un des trois nouveaux membres de l’IEIM, 25 janvier 2021

Le parcours professionnel et académique de Dieynaba Ndiaye s’échelonne sur plusieurs continents, en commençant par sa terre natale, le Sénégal, puis en empruntant l’Italie avant d’élire domicile au Québec, où la juriste vient récemment d’obtenir son doctorat en droit de l’Université Laval. Depuis l’été 2020, l’UQAM est fière de compter Dieynaba parmi les membres du corps professoral de la Faculté de science politique et de droit, où elle poursuit ses recherches dans le domaine du droit des migrations. Nouvellement intégré à l’IEIM, l’unité de recherche qu’a fondée Dieynaba, l’Observatoire sur les migrations internationales, les apatrides et l’asile (OMIRAS), est un réseau pluridisciplinaire dont l’un des objectifs est d’appuyer les travaux empiriques pilotés par des chercheur.e.s originaires des pays d’émigration et de transit, tout en décloisonnant sur le plan conceptuel et juridique les enjeux de migration, d’asile et d’apatridie.

Bien que le travail de Dieynaba porte aujourd’hui principalement sur la dimension juridique des déplacements des individus et des populations, son engagement en matière de justice sociale a toujours été présent. « Je déteste l’injustice », dit-elle, se remémorant une expérience qui l’a profondément marquée. « Lorsque j’étais très jeune, nous sommes allés à Gorée. On apprenait l’esclavage à travers les livres à l’école, bien habillé en parlant de commerce triangulaire plutôt que de génocide, mais de voir ce lieu symbolique, la Porte du non-retour, les cellules de prison où même moi je ne peux pas entrer en me tenant droite…tu fais dix minutes à cet endroit, et tu ressens la souffrance… » Évoquant le sujet de la justice cognitive, « l’histoire est écrite par les vainqueurs », nous rappelle-t-elle. « On est en 2021, et le racisme est encore présent ! ». Ainsi, l’un des rôles importants des chercheurs selon Dieynaba est de déconstruire l’histoire, de chercher la vérité, de trier parmi ce qui est vrai et ce qui est faux, et de la réécrire s’il le faut.

Dieynaba est d’avis qu’il se doit, en un premier temps, intégrer et valoriser au sein du système éducatif les vastes contributions des chercheurs et philosophes africains tels Cheikh Anta Diop, l’un des premiers panafricanistes à lutter pour l’indépendance, mais dont l’histoire n’est toujours pas enseignée au primaire ni au secondaire au Sénégal. Comme la plupart de ses compatriotes, ce n’est seulement qu’à l’université qui porte d’ailleurs le nom de cet homme, qu’elle a été exposée à son ouvrage. Pour Dieynaba, Cheikh Anta Diop demeure une source d’inspiration : « Il incitait les jeunes Africains à faire de la recherche, à se dépasser puis à chacun et chacune de trouver sa voie ». Il y a deux ans, elle a organisé une première édition des journées Cheikh Anta Diop pendant le mois de l’Histoire des Noirs, où elle a invité plusieurs chercheur.e.s africain.ne.s à collaborer dans le but de valoriser et faire rayonner son héritage. « Il fait partie des premiers à avancer que l’humanité a ses origines en Afrique, et cela a été vivement contesté à l’époque. Son parcours est très inspirant pour nous ».

Autres sources d’inspiration pour Dieynaba : Martin Luther King, à qui elle doit sa sensibilisation quant aux droits civiques et son ouverture à l’international, et Nelson Mandela, que son père a rencontré lors d’une délégation qu’il a organisée à la suite de sa libération en 1990. Il s’agit d’un autre événement qui a profondément marqué et influencé la jeune femme. « Cette image de Nelson Mandela, qui se bat, et qui est libéré ! Cet homme nous a façonnés ! », affirme-t-elle. « Il a beaucoup contribué à ce qui se passe actuellement en Afrique et dans le reste du monde à travers les messages qu’il véhiculait de sa propre personne, mais aussi ce qu’il préconisait pour l’avenir et ce qu’on doit faire pour construire un monde serein. »

Jeune, Dieynaba posait des questions et exigeait des réponses, et c’est à son père, un enseignant d’un calme légendaire qu’elle considère aujourd’hui son meilleur ami, qu’elle attribue ses réflexes d’interroger et de contester. Tous les dimanches, Monsieur Ndiaye réunissait la famille dans le salon afin de discuter des affaires de la maison, permettant à chacun d’exprimer son point de vue. « On était huit, cinq filles et trois garçons, et moi j’étais la plus terrible ! J’étais celle qui posait le plus de questions, et je n’étais jamais d’accord sur rien du tout ! » dit-elle en riant.

Aujourd’hui, forte de cet héritage paternel, militant et intellectuel, Dieynaba n’a pas peur d’exprimer son désaccord, en commençant par le devoir d’objectivité en matière de recherche. En s’auto-identifiant en tant que chercheure militante, la juriste déstabilise l’un des préceptes dominants de la recherche empirique, notamment la nécessité d’écarter toute subjectivité sujette à influencer un processus analytique. Le positivisme n’est pas mauvais, mais il se confronte à la réalité, constate-t-elle. « Moi j’ai vécu des choses, et j’ai observé des choses qu’ont vécues des gens ! Aujourd’hui, je reconnais ma subjectivité tout en étant dans la critique objective. Quand on adopte des lois racistes, on nomme ça des lois racistes ! »

Reprenant les propos de Mandela, qui affirmait que l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde, Dieynaba est d’avis que la recherche sur la question de la justice migratoire est essentielle à l’élaboration de solutions aux enjeux mondiaux de la migration, de l’asile et de l’apatridie. Elle cite comme exemple la lutte contre les immigrations irrégulières, sujet de sa thèse doctorale, en évoquant les 50 000 personnes disparues en tentant de rejoindre les côtes européennes depuis l’Afrique à bord de pirogues de fortune, phénomène qui est apparu lorsque les frontières se sont fermées pour certains ressortissants, mais pas pour d’autres.

Le jour où on ouvrira le canal de la migration légale, on ne parlera plus jamais de la migration irrégulière », avance-t-elle. « Et on n’aura plus à risquer sa vie à bord d’une pirogue, puisqu’on aura un visa en main.

 
Que ce soit au niveau de l’Union européenne, de l’Afrique ou des Amériques, les États sont d’accord que la migration ne peut être gérée ni par un État, ni par un groupe d’États. Dès lors, il faut, selon la chercheure, une gestion transversale internationale, de part et d’autre, ainsi qu’une intervention de tous les pays qui sont impliqués dans une chaîne migratoire. C’est sur ce plan que la recherche peut permettre de générer des connaissances, tant au niveau juridique, qu’au niveau des relations internationales, de la politique, voire des sciences sociales. « Il faut d’autant plus reconnaitre que du migrant au réfugié, le statut d’un individu peut évoluer, et très rapidement passer d’un statut légal à illégal. Durant son parcours à travers plusieurs pays de transition, un individu peut avoir besoin d’une protection internationale qui n’était pas l’objectif du départ. » Cette complexité révèle qu’un décloisonnement des statuts juridiques et de la recherche s’impose, afin de donner lieu à une approche multidisciplinaire, telle que le propose l’OMIRAS.

Si les travaux de la professeure Ndeye Dieynaba Ndiaye mobilisent de nouvelles grilles de lecture telle celle du droit international tiers-mondiste, elles abordent également des questions qui se posent au sein de la société québécoise. Notons par exemple le cas du recrutement et de la diplomation des étudiants étrangers dans le milieu universitaire québécois, et les débats soulevés en 2020 par les propositions de réforme en matière d’immigration. « Certes, ce que j’aime du Québec, du Canada », nous avoue-t-elle, « c’est le travail, c’est l’organisation. On se donne les moyens d’y arriver et on est capables d’y arriver ». Or, elle demeure réaliste quant à l’effort requis pour repérer des problématiques, analyser des échecs, déconstruire des histoires, modifier des lois, et apporter des pistes de solution « mais un jour ou l’autre » conclut-elle, « on va y arriver, et je le crois très sincèrement. »

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