Portrait de l'IEIM

L’IEIM vous présente Yann Roche, professeur au département de géographie de l’UQAM et titulaire par intérim de la Chaire Raoul-Dandurand

La Chaire Raoul-Dandurand célèbre cette année son 25e anniversaire, 31 janvier 2022

«La géographie n’était pas nécessairement ce qui m’intéressait le plus » reconnaît Yann Roche avec humour quand il repense à son parcours. Je voulais faire prof de sport, mais j’ai échoué… alors je me suis tourné vers la 2e chose qui m’intéressait le plus, sans aucune idée de retombées potentielles du côté professionnel… la géographie.» Il l’étudie à l’Université de Rennes, en France.

Comme il aimait les voyages, « découvrir d’autres cultures, d’autres environnements », il voulait continuer ses études à l’étranger. « N’étant pas particulièrement fort en langues, je me suis tourné vers la francophonie ». En 1988, il bénéficie d’un échange étudiant d’un an à l’Université Laval. « J’ai complètement adoré la différence entre les deux systèmes universitaires ». Il revient au Québec pour y faire son doctorat – sur « quelque chose sur lequel je n’avais aucune compétence ! Le pergélisol au Québec nordique ». Il s’intéresse, entre autres, aux risques de dégel des sols gelés. Trente ans plus tard, le sujet est toujours plus pressant du fait des risques d’effondrement de terrain dans des zones construites.

Au même moment, en 1992, un groupe d’étudiants organise un voyage d’études en Indonésie. Du Québec, il déplace encore sa curiosité, tout intéressé qu’il est pour « ce qui se passait ailleurs ». C’est pour lui « absolument fantastique » : « je suis complètement tombé amoureux de l’Asie du Sud-Est ». Le voyage d’études le conforte aussi dans ce qui l’intéressera le plus en géographie : la cartographie et la géomatique, qui en était alors à ses balbutiements.

Tout en essayant désespérement de terminer mon doctorat, au grand désespoir de mon directeur de thèse, j’ai commencé à travailler sur la gestion de la forêt au Vietnam, au sein de l’équipe de recherche de Rodolphe De Koninck.

Ses travaux seront d’emblée conduits au sein d’équipes multidisciplinaires. Il travaille avec les départements de foresterie au Vietnam ; mais aussi avec des anthropologues sur les groupes ethniques minoritaires (les « Montagnards », alors identifiés par le pouvoir en place comme les principaux responsables de la déforestation). Or, souligne-t-il, « tous nos travaux allaient complètement dans l’autre sens » : « alors que l’explication officielle était la culture sur brûlis pour expliquer la déforestation », les recherches ont identifié d’autres causes (de la colonisation agricole à l’exploitation illégale sous le regard de l’armée et des autorités parfois complices).

Mesurer nos arbres était une chose, mais on était dans une logique qui était beaucoup plus politique.

Son cheminement professionnel, très diversifié, passe ensuite par la climatologie (à l’Université Laurentienne de Sudbury), l’analyse spatiale et la statistique (pour lesquelles il est finalement embauché à l’UQAM), ainsi que par de nombreuses recherches sur la déforestation et la gestion des ressources naturelles en Asie du Sud-Est. Il s’intéresse à l’écotourisme, ses contradictions – Yann Roche a été rattaché au Centre international de formation et de recherche en tourisme (CIFORT). Il se penche sur les enjeux liés à la Mer de Chine méridionale ; et plus largement sur l’influence de la Chine dans la région du Sud-Est asiatique. Conscient des enjeux diplomatiques que posent les recherches sur les grandes puissances – Chine, Russie, Etats-Unis… – le chercheur a à cœur de ne pas tomber, ni dans le « China bashing », ni dans le déni d’autoritarisme. « Il y a vraiment des problèmes sérieux concernant les droits humains en Chine ». Malheureusement, regrette-t-il, beaucoup de personnes qui travaillent sur ces sujets sont « vite identifiées comme anti-chinoises, si elles ne présentent pas la ligne du Parti… », ce qui peut avoir pour conséquences d’empêcher l’obtention de visas pour effectuer un terrain, par exemple. Pourtant, tout ce qui touche à l’influence de la Chine – en matière politique, économique, commerciale, environnementale – lui semble être particulièrement porteur pour la relève en recherche.

Et pas forcément dans le sens dans lequel on pense : la Chine pourrait montrer l’exemple en matière de lutte contre les changements climatiques, d’une manière qu’aucun pays occidental n’aurait les moyens politiques d’appliquer.

De ce point du vue, il trouve particulièrement fertile la question du lien entre systèmes politiques et politiques publiques de lutte contre les changements climatiques.

Ces derniers temps, Yann Roche s’est intéressé à la géopolitique du sport, une manière de concilier toutes ces passions. Il a notamment été co-auteur d’un ouvrage sur la géopolitique des Jeux Olympiques d’hiver (qui doit sortir le 23 février prochain, aux Presses de l’Université du Québec). Le livre intègre entre autres une série de cartes, qui montrent les pays qui ont le plus participé, ceux qui ont le plus de médailles, mais aussi « le contexte géopolitique de Sotchi, les zones de friction avec les pays du Caucase… ».

La géopolitique est ainsi sa dernière réorientation. « Je me suis retrouvé à faire de la géopolitique sans avoir de formation spécifique » dit-il en souriant. Il rejoint la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et devient Président de l’Observatoire de géopolitique. Tout récemment, il a été nommé titulaire par intérim de la Chaire : « ça m’a surpris ! c’est la première fois qu’un géographe prend la direction de la Chaire ».

D’un naturel curieux, on lui a souvent reproché son itinéraire très éclaté. La cartographie faisait pourtant le lien entre différents domaines. Bien sûr, «c’est une manière de représenter le territoire qui n’est pas objective. On peut très bien orienter la cartographie de manière à faire passer un message. En revanche, elle permet de mettre en lumière les conjonctions, les impacts de certaines variables sur d’autres… elle donne des pistes de recherche.»

Très sensible au bien-être étudiant, le professeur est bien conscient des difficultés financières et morales que pose la pandémie. « C’est comme quand on est chez le dentiste : s’il vous dit serrez les dents et ensuite c’est fini ! c’est acceptable, mais si ça recommence, et recommence encore, c’est là que c’est insupportable ». Dans le même temps, il se félicite que certaines limites aient été dépassées dans les dernières années. En tant qu’enseignant, il remarque aussi que la formule à distance a été salutaire pour une partie des étudiants (ceux habitant en région ; qui travaillent en horaires décalés…).

On a développé des manières de fonctionner, une habitude d’intégrer des gens plus éloignés. […] « On a atteint des gens qui n’étaient pas forcément capables de venir au centre-ville de Montréal ».

Finalement, Yann Roche veut croire qu’en se basant sur les exemples du passé, la troisième année de la pandémie soit celle d’un retour à la « normale », celle d’une « diminution des restrictions que l’on a connu… à moins d’un nouveau variant ». Est-ce à dire qu’il est, en général, optimiste pour la suite ? «L’être humain n’a pas toujours tendance à agir au mieux de ses propres intérêts», dit-il en riant. « Comme dans la fable, le scorpion veut traverser la rivière, mais, plutôt que de collaborer et d’accueillir l’aide du crapaud, il le pique, le tue – provoquant par là même sa propre noyade. Pourquoi ? C’était dans sa nature, dit le scorpion ».

À noter à l’agenda : la Chaire Raoul-Dandurand devait fêter l’an dernier son 25e anniversaire. La célébration a été repoussée à 2022 dans l’espoir de pouvoir la tenir en personne ; elle devrait donc avoir lieu quand ce sera possible. En attendant, la Chaire continue ses événements en ligne – un webinaire a par exemple eu lieu le 26 janvier dernier sur la géopolitique du sport et des JO, avec Jean-Luc Brassard. Un événement pour faire le point sur la question ukrainienne est aussi en préparation. À suivre de près !

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Ma collaboration avec l’IEIM s’inscrit directement dans le souci que j’ai toujours eu de livrer au public une information pertinente et de haute qualité. Elle s’inscrit également au regard de la richesse des travaux de ses membres et de son réel engagement à diffuser, auprès de la population, des connaissances susceptibles de l’aider à mieux comprendre les grands enjeux internationaux d’aujourd’hui. Par mon engagement direct dans ses activités publiques depuis 2010, j’espère contribuer à son essor, et je suis fier de m’associer à une équipe aussi dynamique et impliquée que celle de l’Institut.

Bernard Derome

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