Portrait de l’IEIM

L’IEIM vous présente Diane Alalouf-Hall, doctorante en sociologie de l’humanitaire à l’UQAM

Elle est également chercheure à l'OCCAH et au PhiLab, 7 mars 2022

Diane Alalouf-Hall vient de réaliser le rêve de beaucoup d’étudiants : déposer sa thèse. La sienne porte sur le processus de standardisation des savoirs et des pratiques humanitaires occidentales. Coordinatrice scientifique de l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire (OCCAH), elle s’occupe de la veille en temps réel sur les conséquences humanitaires du conflit en Ukraine. Elle est également chercheure au Réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie (PhiLab), notamment dans l’équipe de recherche du projet « portraits et pratiques des professionnels-es en gestion philanthropique au Québec », dirigé par Caroline Bergeron.

Arrivée au Canada en 2015, elle a avant cela été secouriste à la Croix-Rouge pendant plusieurs années – « c’est un peu ça qui a été à l’origine de la suite ». À l’époque, c’est une certaine « incohérence entre ce qu’on nous apprenait dans les formations, et ce qui se passait sur le terrain, entre le siège social et les petites mains », cumulée à « une soif de changer les choses pour que ce soit mieux », qui l’ont poussée à se lancer au doctorat.

Sa thèse, conduite sous la direction de Jean-Marc Fontan, directeur du PhiLab, et de François Audet, directeur de l’OCCAH, a évolué en nature. Haïti, qui l’intéressait initialement, était rendu impraticable comme terrain de recherche sécuritaire. La pandémie a ensuite compliqué pour elle, comme pour beaucoup d’autres chercheurs, l’accès aux terrains hors du pays.

La thèse se déplace. Elle porte sur les États fragiles et s’attache moins à un lieu qu’à un objet.

On a délocalisé la recherche sur une terrain physique : le processus de standardisation des savoirs et des pratiques humanitaires internationales, recensées dans le manuel Sphère.

Ce document, à valeur de charte, est surtout mobilisé par de grosses ONG humanitaires (rédactrices, financeuses, parties prenantes et utilisatrices du manuel). À la base d’un réseau international sur base volontaire, le manuel vise à faciliter le changement « dans le respect de la dignité des personnes ».

Prenant acte de la nécessité de recontextualiser l’action humanitaire après le Sommet d’Istanbul en 2016, les travaux qu’elle a conduits soulignent certaines limites de l’action humanitaire internationale. Diane cherche ainsi à replacer le manuel « dans l’essor de la localisation, pour l’amener dans les processus de décolonisation, ou de désoccidentalisation du monde ». Elle formule, surtout, des recommandations de manière à considérer « ce qui se fait localement, parfois avec très peu de ressources », pour reconnaître qu’il y a « d’autres types de compétences et de connaissances » qui mériteraient d’être diffusées et reconnues dans les pratiques humanitaires.

La dernière année de rédaction, Diane l’a passée en accueillant un enfant. La solution : « ne pas dormir beaucoup, mais boire beaucoup d’eau », dit-elle en riant. Dans un contexte forcément compliqué, Diane se veut très reconnaissante du soutien dont elle a bénéficié. « Que ce soit dans mes activités au PhiLab ou à l’OCCAH, les deux équipes ont été très humaines, très ouvertes d’esprit ». « Ça enlevait une charge qu’on pourrait se mettre soi-même, qui serait contreproductive voire dangereuse ». Et puis « il y a aussi la culture UQAM qui est hyper ouverte. Il n’y a jamais eu aucune difficulté avec l’administratif de l’Université. À chaque fois, c’était toujours la bienveillance absolue ».

Elle souligne néanmoins les vides juridiques résultant du cumul de statuts – parente, étudiante étrangère, doctorante, professionnelle.

On peut être en congé parental d’un point de vue professionnel; mais on ne l’est jamais d’un point de vue étudiant et encore moins au doctorat : j’avais toujours ma thèse à rédiger.

Diane se sait très privilégiée de vivre et de travailler en recherche au Québec. L’obtention de sa résidence permanente a ainsi été l’une de ses victoires – lui permettant, entre autres, de travailler à temps plein dans le milieu qu’elle a investi  » [NDA: le quota d’heures travaillables, prévues au permis d’études, implique une cotisation limitée; ce qui impacte le congé parental ensuite]. Très optimiste, Diane reconnaît aussi que la situation lui a aussi permis de « rédiger mieux » puisqu’il fallait « concilier les deux, apprendre à être très efficace; aller à l’essentiel partout ». « Cela a aussi facilité le dialogue avec mes deux superviseurs, qui eux-mêmes sont parents et ont dû s’adapter à mon nouvel emploi du temps ».

Avec une petite équipe de recherche, elle obtient une solide subvention du CRSH, sur 6 ans, qui leur permet de créer le PhiLab. Il s’agit d’un vaste réseau avec plusieurs centres et des entités partenaires au Canada et à l’international. C’est lorsqu’elle quitte le PhiLab pour partir en congé maternité que l’équipe lui a annoncé avoir ouvert une bourse en son honneur. C’est la Bourse « engagement scientifique et philanthropique étudiant ». « C’est une reconnaissance qui m’a beaucoup émue ». « Savoir que des étudiants vont pouvoir recevoir des fonds pour leurs recherches, c’est fantastique ! Même si lorsqu’ils me l’ont annoncé, j’ai eu l’impression d’être décédée pendant quelques instants! ». Cette année, 3 étudiants ont eu le prix.

Diane nous partage enfin quelques beaux mots : « le marathon de la thèse est difficile, c’est un marathon au rythme d’un sprint… Mais c’est un moment exceptionnel ». « Certaines personnes disent vouloir finir la thèse en 3 ans. Je leur dis : vous êtes sûrs ? Car finalement la thèse n’est que la partie visible de l’iceberg.

Grâce à la thèse, j’ai travaillé au PhiLab, j’ai travaillé à l’OCCAH, j’ai rencontré énormément de monde et appris cent fois plus de choses autour de la thèse que dans la thèse. J’ai appris à rédiger des articles, à bâtir un réseau, à connaître le milieu québécois, philanthropique, humanitaire…

Et de conclure : « la thèse est aussi le moment d’apprendre à devenir une meilleure version de soi-même. »

La Veille sur l’Ukraine de l’OCCAH est à suivre ici.

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