Entre intégration régionale et rivalité des grandes puissances : L’état de la mondialisation en Indopacifique

Date limite : 1er mai 2023

Revue Interventions économiques – Numéro spécial
Sous la direction d’Éric Boulanger et Éric Mottet

Mise en perspective

L’Asie fascine toujours ! Après la fin de la guerre froide, plusieurs annonçaient pour l’Asie une période d’instabilité en l’absence d’institutions régionales fortes si les États-Unis se retiraient de la région. Sans ce stabilisateur hégémonique, l’Asie pourrait bien manquer son rendez-vous avec la mondialisation. Ces craintes se sont avérées fausses, mais elles n’ont jamais été oubliées malgré le fait que l’Asie est devenue le cœur de la mondialisation des échanges et de la production et le centre d’une économie mondiale en pleine expansion. De plus, le processus d’intégration économique ne s’est jamais essoufflé, nonobstant les nombreuses divergences sur le poids et les contraintes à accorder aux institutions régionales ; la Chine s’est insérée dans ce nouveau régionalisme et est devenue le principal partenaire économique des économies asiatiques. Si l’ASEAN demeure peu institutionnalisée, il n’en demeure pas moins que cette organisation a étendu ses rapports de coopération à un vaste ensemble de domaines économiques, politiques, voire militaires. Avec sa puissance retrouvée, la Chine possède une influence déterminante sur les politiques publiques des pays de la région, en particulier en ce qui a trait aux politiques commerciales, d’investissement et de compétitivité lesquelles s’articulent aujourd’hui peut-être moins par l’accès au marché américain que par les impératifs d’une intégration étroite à l’économie chinoise. Les réseaux de production des firmes japonaises, sud-coréennes et chinoises se sont continuellement étendus et approfondis pour créer des chaînes de valeur fort compétitives dont la robustesse n’a pas été démentie jusqu’à la crise de la COVID-19.

La Chine n’est plus strictement une base pour l’assemblage de produits pour l’exportation ; elle est également désormais un vaste marché de consommation prospère. Par contre l’incertitude est en hausse. Celle-ci est liée à la fois aux difficultés d’approvisionnement à l’intérieur des chaînes de valeur et à un durcissement des normes et des règles politiques et économiques sous l’égide de Xi Jinping. La « renaissance » de la Chine et l’atteinte de ses objectifs dont celui de devenir la première puissance économique avancée laisse peu de doute, mais cette renaissance se fera dorénavant selon ses propres termes et conditions. Les gouvernements et les entreprises qui s’y opposent ne pourront plus espérer des conditions favorables, amenant ceux-ci à une grande prudence, quitte à repenser leur modèle d’affaire pour la Chine, voire à transférer certains activités stratégiques pour diminuer leur vulnérabilité. À cela s’ajoutent les actions du gouvernement américain pour empêcher la domination chinoise dans certains secteurs économiques à très forte teneur technologique. L’endiguement de la Chine par les États-Unis se fait dans ces secteurs, mais également au niveau militaire pour éviter une domination de l’Indopacifique par la marine chinoise. En réponse aux Nouvelles routes de la soie, Washington a bien peu à offrir et le cadre économique pour l’Indopacifique (IPEF) des États-Unis demeure peu développé, navigant entre l’engagement et l’endiguement sans trop de cohérence globale, probablement en raison du degré élevé de l’interdépendance économique sino-américaine, mais aussi du fait que l’accès au vaste marché chinois demeure l’objectif d’un très grand nombre d’entreprises occidentales et asiatiques. Depuis la création du forum de l’APEC en 1989, les gouvernements asiatiques ont toujours cherché à institutionnaliser la montée en puissance de la Chine à l’intérieur de plusieurs organisations et accords. Est-ce un échec si on regarde le peu d’intérêt de la Chine pour assoir sa nouvelle puissance sur la coopération et le multilatéralisme, préférant nettement une attitude de confrontation ou d’intransigeance ? Quel est donc l’avenir de l’économie asiatique dans un contexte qui nous ramène à l’après-guerre froide où les tensions géopolitiques annonçaient des lendemains difficiles, malgré la multiplication des interactions économiques.

Thématiques

  • Les accords commerciaux
  • Les Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative)
  • Les chaînes de valeur
  • Les politiques d’investissement et de compétitivité
  • Les tensions géopolitiques
  • La Stratégie du Canada pour l’Indopacifique

Comité de rédaction

Christian Deblock, Université du Québec à Montréal
Éric Mottet, Université catholique de Lille
Éric Boulanger, Université du Québec à Montréal

Dates importantes

  • Proposition d’article (1 page) : 1er mai 2023
  • Retour sur les propositions : 1er juin 2023
  • Article complet : 1er octobre 2023
  • Évaluation en double aveugle : 1er octobre au 15 décembre 2023
  • Retour aux auteurs/autrices
  • Retour des manuscrits finaux à la revue : 1er mars 2024
  • Sortie du numéro : printemps 2024

Envoyez vos questions éventuelles, propositions et textes aux adresses suivantes :
boulanger.eric@uqam.ca & eric.mottet@univ-catholille.fr

Pour consulter l’appel dans son intégralité

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Bernard Derome

À l’occasion de la rentrée universitaire 2023-2024, le président de l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM) s’est prononcé sur la situation géopolitique mondiale.

« L’ordre mondial, tel que l’on l’a connu depuis la fin de la guerre froide, est complètement bousculé avec des rivalités exacerbées entre les grandes puissances et des impérialismes démesurés. »

– Bernard Derome

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